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 Canada - Coast to coast

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Juillet | Août

Victoria / Vancouver, le 22 juin 2006-06

Hier, la moitié de notre groupe faisait l’aller retour facultatif Vancouver / Victoria, pour atteindre le "Mile 0" de la traversée. Les quelques 80 kilomètres qui nous séparaient de notre destination ont été plus éprouvants que prévues. Le trajet n’était pas facile… circulation dense, beaucoup de virages, peu de cohérence dans l’équipe… il y a un début à tout.

Tous se sont rendus à bon port et la soirée, agrémentée d’un totalement délicieux repas inclus dans le forfait, fut fort agréable. La paix! Aucune décision à prendre, les assiettes arrivaient sur la table et repartaient vides. Le groupe en avait assez fait pour la journée.

En cette belle matinée ensoleillée du 22 juin, le trempage de la roue arrière dans l’Océan Pacifique a eu lieu à quelques kilomètres de notre Hôtel. Ce moment symbolique m’a confronté avec l’énormité du défi. J’ai pris un galet sur la plage et j’entends le déposer sur le bord de l’Atlantique… dans 75 jours.

Cette journée, est la seule où je connais le parcours à l’avance. Point n’est besoin de conserver mon énergie; le moment du test était arrivé. Est-ce que les semaines d’entraînement et le repos bien mérité de presque deux semaines vont porter fruit? Humm!!! Mes genoux ne me font pas trop souffrir, reste à vérifier si le tirant des montées va me donner plus de plaisir que de douleurs… Et bien oui, je me sens en pleine forme! Aucune longue montée mais quelques unes corsées, de longs faux plats et de belles descentes. Dans la finale : un faux plat montant sur la magnifique "Pacific Drive", je tirais une de mes compagnes de voyage.

Trempage officiel, la roue arrière dans le Pacifique - C.-B. - Velo

Demain sera le jour d’orientation. Je vous reviens avec le départ officiel, Samedi le 24…

Vancouver / Mission, Samedi le 24 juin 2006

Température : 32 C
Trajet : 84 km Une double page de virages pour finalement atteindre la route 7 et notre premier camping près de Mission.
Parcouru : 98 km
Millage total : 98 km
Sur la route : 4 heures

Enfin, c’est le départ. Après la photo de groupe, nous nous engageons sur "Marine Drive". La journée ne présente pas de difficultés majeures. Nous devons sortir de Vancouver. Pour des raisons évidentes, les départs se font pendant la fin de semaine. Malgré la circulation légère, les nombreux virages demandent une bonne concentration.

Après un arrêt à la MEC et une pause café, nous quittons la ville. Les arbres remplacent les maisons. Au loin, la vue des sommets glacés contrastent avec la température ambiante qui ne fait que grimper…J’ai passé la majorité de la journée avec un petit groupe de quatre. Pendant les poussées, je travaillais avec Rudy, un excellent rouleur expérimenté.

Je vous écris ces notes de ma table de pique-nique, devant un étang remplie de truites et, pour souper, nous avons dégustés les truites de cette pisciculture préparées par la première équipe de travail. Demain, ce sera le tour de mon équipe (je suis le chef en charge) et le menu n’est pas aussi attrayant. Et oui, le menu est décidé du jour un au jour 73… mais les variations sont acceptés. Je vous laisse pour la soirée, la brunante a amené son flot de moustiques!

Mission / Hope, Dimanche le 25 juin 2006

Température : 40 C
Trajet : 85 km Nous longeons la rivière Craser et traversons les villes de Dewdney, Errock, Harisson Mills et Agassiz. C’est avant cette ville que la plus longue montée se trouve.
Parcouru : 96 km
Millage total : 194 km
Sur la route : 3hrs 37

Un trajet facile, sans grands dénivelés, tant mieux, l’énergie est basse. Je roule avec Rudy. La journée commence avec une double crevaison, pour lui, juste à la sortie de camping. Un peu plus loin, son odomètre a flanché. Nous avons travaillé en équipe sur une bonne période.

Le moment le plus délicieux de la journée : à Agassiz, assise devant une minuscule cantine, accompagnée par Rudy, je déguste mon shake aux bananes (je ne me souviens pas de mon dernier milk-shake) agrémenté des cerises achetés plus tôt sur le bord de la route, et vendus par un homme de Chibougamau!!! Le monde est petit… Pour rien au monde j’aurais préféré être ailleurs. Nous avons repris la route, la température grimpait. Le dernier tiers a été torride. Il fait 40 C à l’ombre et nous sommes sur l’asphalte, en plein soleil!

Petit détour de 5 km afin de tenter de trouver un odomètre pour Rudy. Le retour vers le camping, avec une bonne montée, m’a enlevé le peu d’énergie qui me restait. Heureusement, une baignade au lac tout près m’en a redonné juste assez pour préparer le souper pour 19 personnes avec mes deux assistants : Lloyd et Bob. Je suis brûlée et demain, il parait que nous séparerons les hommes des enfants… pour les femmes???

Hope / Spence Bridge, Lundi le 26 juin 2006

Température : 46 C
Trajet : 134 km Nous longeons la rivière Craser et le canyon du même nom. Les villes de Yale, Spuzzum, Boston Bar et Lytton sont traversées.
Parcouru : 141 km
Millage total : 335 km
Sur la route : 5hrs 47

Rivière Craser - C.-B. - Velo Rouler en enfer…

Je suis responsable du déjeuner ce matin. (je développerai un peu sur la logistique du voyage mercredi, notre premier jour de congé) D’un commun accord, le groupe a décidé que le déjeuner ne serait pas servi. Nous avons devant nous une longue journée. Le but est de partir le plus tôt possible afin de profiter le la fraîcheur matinale.

Je prends la route à 7hrs avec Rudy. Le temps est frais. Les premières heures sont confortables. La journée commence par la traversée des 6 tunnels entre Yale et Boston Bar. La circulation minimale à cette heure a très certainement facilité la tâche. Le tout a été fait plutôt aisément.

En approchant Boston Bar, la faim s’est fait sentir. Se nourrir à ce point fut une excellent décision… l’enfer approchait.

On nous avait averti que cette journée a le plus haut contenu d’élévation avant d’atteindre le nord de l’Ontario. Une rosse journée de montée, ça peut passer, mais personne n’a pleinement pris conscience que la température allait grimper à 46 C à l’ombre. Pourtant, Rudy nous avais averti que Lytton est le point le plus chaud au Canada. La journée d’hier était fraîche à comparer à cet après-midi.

Pour la plupart, les montées sont "cachées" dans ce qui apparaît comme des faux plats descendants. (illusion d’optique en raison des montagnes) Il y a tout de même de longues montées soutenus, la plus imposante est celle de Jackass, au km 82; Prise sous un soleil de plomb avec quelques passes à l’ombre.

Aucun entraînement avais le potentiel de nous préparer à un tel parcours. Je garde en mémoire la descente vers Spencer Bridge, avec un mur de ciment à droite, réfléchissant la chaleur, un vent chaud et sec ronge le peu d’énergie restant… et c’est une descente. Je n’ose imaginer la température à ce point. Une fournaise!

Spence Bridge / Merritt, Mardi le 27 juin 2006

Température : 42 C
Trajet : 66 km sur un terrain vallonneux le long de la rivière Nicola. Aucun approvisionnement possible durant le trajet.
Distance parcouru : 67 km
Millage total : 402 km
Sur la route : 3hrs

Ce matin, personne n’a traîné dans la tente. À 5 hrs, les fermetures éclairs se faisaient entendre. Malgré le fait que c’est une très courte journée, nous profiterons tous de la fraîcheur matinale.

Rivière Nicola - C.-B. - VeloJe quitte à 6 hrs 30 avec Rudy. Le rythme est moyen, pas de presse. Le paysage est magnifique, la route déserte. Le soleil est encore bas et les montagnes projettent leurs ombres sur les plaines. Un aigle à tête blanche nous a survolé à la fin d’une montée. Il y en a beaucoup dans la région. En fin de parcours nous pouvons observer un système d’irrigation un peu spécial. L’eau est apportée dans un gros tuyau, qui est lentement transporté pas de grosses roues métalliques. Le tout avance lentement grâce à la pression de l’eau et traverse le champ. Ingénieux! Sans eau d’appoint, rien ne pousserait dans cette région aride.

Nous arrivons au camp vers 10 hrs. Le camion arrivera 2 hrs plus tard. Ce sera presque une double journée de congé.

Je vous écris ces notes de ma tente, avec vue sur la montagne, mais à l’abri des moustiques. Je déguste un petit cooler bien mérité, demain, c’est le premier jour de congé!!!

Merritt, Mercredi le 28 juin 2006-06-28

Jour de repos à Merritt - C.-B. - VeloEn cette première journée de congé, sous un ciel sans nuages et une température encore chaude, je prend quelques minutes pour vous expliquer la logistique du Tour. C’est un voyage assisté. Les bagages sont transportés par un camion qui ne fait pas nécessairement la même route que nous. Chaque soir, la carte de la journée suivante est distribuée et nous somme responsables de nous rendre au prochain arrêt. Comme espace, nous avons droit à une tablette qui contient un peu plus que les deux paniers qui nous sont alloués. L’équipement de camping est rangé dans un sac et les sacs sont glissés dans l’allée du camion pendant les déplacements.

Nous sommes 19. Le groupe est divisé en 6 équipes pour les repas. Nous cuisinons donc, en gros, une fois semaine parce que, durant les jours de congé, nous sommes personnellement responsables de notre bouffe. Le camion contient deux frigos et un module avec trois éléments au propane est déplacé à l’extérieur quand nous sommes sur le site.

L’équipe fait le souper et le déjeuner suivant. La base est toujours disponible pour les dîners et les compléments de la journée. Pain, margarine, céréales, lait, beurre d’arachide, confiture, yaourt, fruits, mélange granola. On prépare notre dîner et notre collation au besoin. Jusqu’ici tout va bien. Vous seriez surpris de voir ce que 19 cyclistes affamés peuvent ingurgiter durant une journée.

Merritt / Pritchard, Jeudi le 29 juin 2006

Température : 32 C
L'aigle veille sur nous... Ou sur ses petits !. - Velo Trajet : 147 km Un trajet facile, en gros sur la 5A, nous longeons le Lac Nicola jusqu’à un raccourci scénique sur gravier pour éviter la ville de Kamloops pour finalement atteindre l’autoroute 1 qui nous amènera à Pritchard.
Distance parcouru : 134 km
Millage total : 536 km
Sur la route : 4 h 50

Je crois que le groupe réagit à outrance à son expérience du 26 juin. (Hope / Spences Bridge) à 4hrs 15, les fermetures éclairs des tentes se font entendre. Tout le monde est debout à 5 hrs. Doug parti le premier à 5hrs 45. Le déjeuner chaud n’a pas été servi.

Avec mes références du Tour, je dirais que la matinée est glaciale. (12 C) Je pars avec mes rallonges (pour les bras), mon coupe vent sans manches et, par dessus, mon coupe vent à manches longues. Depuis hier, il me semble que j’ai des symptômes d’une grippe, je ne prends pas de chance.

Je quitte avec Rudy à 6 hrs 15. Je dois avouer que, malgré le temps frais, rouler le matin est particulièrement plaisant. D’un autre côté, je suis loin d’avoir envie de me lever aux petites heures tous les matins.

Le trajet est facile. Nous optons pour le raccourci. Pour moi, ce sera un mauvais choix. La route raboteuse a attisé mes douleurs cervicales. J’aurais, de loin, préféré la montée de Kamloops. Le plus gros avantage a été qu’à la sortie du raccourci, nous avons opté de longer l’autoroute plutôt que d’y rouler.

Ce soir, c’était la réunion d’introduction du groupe. Intéressant de voir la motivation de chacun pour faire cette grande traversée. Nous nous entendons tous sur le point que nous formons une belle équipe! Effectivement, malgré quelques frictions, le travail se fait et nous avons bien du plaisir ensemble.

Pritchard, / Mara, Vendredi le 30 juin 2006

Température : 33 C
Trajet : 101 km Le long de l‘autoroute 1, en traversant Chase et Sorrento. Nous quittons finalement l’autoroute pour atteindre Salmon Arm et rejoindre la 97 B.
Distance parcouru : 106 km
Millage total : 642 km
Sur la route : 4 h

Au lever il y avait ces petites et moins petites choses blanches et grises dont j’avais presque oublié le nom… des nuages, ce que les Montréalais ont à outrance par les temps qui courent. Rien de menaçant mais, quand on est en terrain inconnu et que l’on en a pas vu depuis si longtemps, on emmène le manteau de plus au cas ou.

Nous roulerons à trois aujourd’hui. Je pars avec Rudy pour un café, Bob nous rejoindra. C’est un gros et excellent rouleur, probablement le meilleur du groupe. J’ai appris que, depuis quelques jours, il courtise Rudy pour se joindre à nous. (plutôt à lui je crois, puisqu’il ne m’en a jamais glissé un mot) On verra bien.

Le travail en équipe se passe assez bien, je décolle de temps à autre. Cort heureusement, nous sommes sur l’autoroute. À part le magnifique Lac Swuswap, le passage constant des poids lourds nous invite à pousser sur les pédales. Rocheuses en vue !!! - Velo

Nous quittons finalement l’autoroute à Salmon Arm mais ne pouvons retrouver notre chemin sur la carte. Petit arrêt gastronomique dans un marché public où nous dénichons une tarte maison fraise rhubarbe. À une table de pique-nique ombragée, au centre du marché, un harpiste joue de la musique classique. Bob décide de manger un de ses sandwiches. Nous nous installons et Rudy découpe méticuleusement la tarte en deux. À la première bouchée, un seul regard a suffi pour confirmer que nous ne devions pas traverser la ligne. Elle était absolument délicieuse. Des belles cerises (c’est la saison) clôturent cette collation et, on repart.

La carte ne nous amènera nul part. On s’informe pour apprendre qu’il est plus facile de reprendre l’autoroute pour quitter la ville et, pour ce faire, il faut attaquer une gigantesque montée. Malgré le niveau de difficulté, je refuse d’entrer sur mon petit plateau… pas facile.

Enfin, nous arrivons sur la 97 B et, pour la première fois, en approchant la ville de Grindrod, nous apercevons la première ligne de montagnes annonçant les Rocheuses : les Selkirk. Ses pics enneigés se détachent des montagnes verdoyantes qui nous entourent. Même de si loin, elles s’imposent.

Nous arrivons au camping vers 13h30. Les moustiques, mais, surtout la piscine nous attendent!


Mara / Albert Canyon, Samedi le 1er juillet 2006

Température : 34 C
Trajet : 128 km Le long de l‘autoroute 1. Très peu d’accès à de l’eau ou de la nourriture durant la journée. À Three Valley Gap, il n’y a qu’un complexe hôtelier. Revelstoke et la seule ville d’importance. Après, ce sont les montées vers Roger’s Pass.
Distance parcouru : 127 km
Millage total : 769 km
Sur la route : 4 h 30

À 6 hrs 45 nous sommes sur la route. Notre groupe gagne en popularité, Mélissa se joint à nous. La journée s’annonce difficile en finale. Nous profitons de la fraîcheur de la matinée pour avancer. Le terrain plat se prête bien au travail d’équipe. Les changements se font aux km. Le rythme est soutenu mais raisonnable.

Vers 8hrs 10, Mélissa fait une crevaison. J’attend à l’ombre en faisant mes étirements et je prends le temps de vérifier mon odomètre : déjà 40 km de fait avec une moyenne de 31 km/h.

Notre premier arrêt a été au complexe hôtelier de Three Valley Gap. Nous y passons une trentaine de minutes. Le jardin intérieur avec vue sur l’eau lac est très beau. Déjà, je ne me sens pas très bien, je n’en parles pas à mes compagnons de route et me force pour manger un peu.

Nous reprenons la route. Je tente d’oublier mes malaises en me concentrant sur le beauté des montagnes qui nous entourent. En ce premier juillet, je ne peux que constater que ce pays est magnifique.

La route est plus valonneuse et nous faisons régulièrement face à d’interminable montées en faux plat qui apparaissent comme des descentes. Un long arrêt est prévu à Revelstoke (km 90) afin de reprendre de l’énergie avant d’amorcer les montées vers Roger’s Pass.

Nous dénichons une boulangerie / pâtisserie. Je n’ai pas faim du tout et il parait que je suis blanche comme un drap. Je commande tout de même un sandwich au fromage que je toucherai à peine. Nous sommes restés pour la parade du premier juillet. Une bien grosse parade pour une si petite ville.

Le départ est brutal : une longue montée. Je me sens faible et ne peux résister à mon petit plateau avant. C’était ça ou l’arrêt. La seconde montée est un peu plus facile et la descente qui suit rafraîchissante. J’entre en mode automatique et je garde le rythme.

Ce soir, j’ai les jambes en coton. Le bain thermal de notre site de camping a achevé le travail. Je me coucherai très tôt, demain sera une grosse journée…

Albert Canyon / Golden Dimanche 2 juillet 2006

Température : 36 C
Trajet : 115 km Nous atteignons Golden par l’autoroute 1 en longeant les rivières Beaver et Blueberry. Le seul endroit d’approvisionnement est le complexe de Rogers Pass.
Distance parcouru : 117 km
Millage total : 887 km
Sur la route : 4 h 30 Les Rocheuses !!! - Velo

Du campement, la montée vers Rogers Pass dure 33 km. Elle est à 1330 mètres d’altitude. Rudy est cuisinier ce matin, Nous avons donc quitté plus tard. À 7 hrs 45, nous nous engageons dans la montée pour atteindre le sommet vers 10 hrs.

La température est idéale. Le temps est frais, le soleil brille. Le vent ne s’est pas encore levé. Durant les derniers kilomètres, je monte avec le sourire aux lèvres, éblouie par la beauté des sommets enneigés qui entourent le passage. L’énergie qui se dégage de ces masses rocheuses est fantastique. Les Rocheuses !!! - Velo

Après un bon arrêt, nous repartons pour une descente vertigineuse de 15 km. Je suis derrière Rudy, suivant, comme il me l’a appris, la règle des trois F. Fat Flow Faster. Son poids fait qu’il descend beaucoup plus rapidement que moi et, surtout, sans effort. Je me protège donc derrière et profite de son couvert. Pour des raisons de sécurité, j’ai du me distancer lors d’un passage très sombre dans un tunnel qui protège le routes des avalanches. J’ai jeté un coup d’œil à mon odomètre à la sortie, 69 km / hr. Impossible d’aller le chercher, je pédalais dans le vide. Il a vérifié ses arrières quelques kilomètres plus tard et a ralenti afin que je puisse le rejoindre et continuer la descente. Vitesse maximale atteinte, 73 km / hr. À y repenser, ça me donne des frissons mais, dans le feu de l’action, je me sentais en contrôle. Le lac Shuswap - Velo

Le reste du trajet a été plus difficile. Les montées sont plus corsées et il y a eu de longues zones de construction avec leur lot de bosses et de trous. Le signe recherché est celui qui annonce le rétrécissement de la voie pavée double pour les véhicules lents lors des interminable montées. Il apporte un soupir de satisfaction… Début d’après midi, le vent se met se met de la partie.

Une grosse journée, qui termine un bloc de travail. Demain est un jour de repos. Nous avons passé un fuseau horaire et avancé notre montre d’une heure. Ce soir, c’est mon équipe qui cuisine. Je suis vannée…

Golden, Lundi le 3 juillet 2006, Jour 11 - Repos

J’ai dormi comme un bébé et me suis levée très tard; 7 hrs 30. Quel luxe! En ce jour de repos bien mérité, je profite de l’occasion pour faire un petit suivi du 29 juin. C’était la journée d’introduction du groupe et chacun développait sur sa motivation à faire ce Tour. Voilà donc ma motivation, en un peu plus détaillée que ma présentation au groupe.

Pour la seconde fois, je profite de changements majeurs dans ma vie pour prendre une période de recul.

La première a été du 21 mars 1999 au 20 décembre 1999. Neuf mois que je voyais comme une phase de gestation après avoir accepté le renvoie médical de mon dernier emploi. Il était motivé par une blessure cervicale importante survenue en 1995 qui a laissé des séquelles et de la douleur chronique. Et oui, la douleur fait partie de mon quotidien mais, quand on met les choses en perspective, qu’est ce que ma douleur puisque j’ai la chance d’avoir traversé un accident qui avait le potentiel de me laisser quadraplégique… un cadeau!

Je suis partie avec mon sac dos et un billet d’aller pour l’Angleterre et faire le tour de monde. J’ai traversé ce pays, l’Écosse, le France, l’Italie, la Grèce, la Turquie, l’Inde, le Laos, le Vietnam et l’Indonésie. Ce fut une merveilleuse expérience. Après sa digestion, je me suis senti un peu coupable de ne pas avoir traversé mon Pays.

Si vous avez lu l’éditorial de juin sur le site, vous savez comment j’en suis venue à rouler. Pendant ce premier été sur mon vélo, j’ai entendu parler de la traversée du Canada. J’étais très intéressée mais je me suis refusée à aller sur Internet. Je devais, avant tout, prendre une décision. Depuis 2002 je me représentais dans une bataille juridique contre mon ex employeur. Je faisais face à ses deux avocats (trois en Cour Fédérale) Beaucoup de stress et de frustrations. Je me battais pour une question de principe, auprès de la Commission Canadienne des droits de la Personne. Après avoir obtenu gain de cause sur un point primordial, j’ai décidé de fermer le dossier, sans grands gains financiers. Quand la décision a été prise, avant même la finalité, je me suis autorisé à aller sur le site de Cycle Canada. Une semaine plus tard, je réservais ma place et me voilà… Aucun regret, beaucoup de plaisir!!!

Golden / Cield Mardi 4 juillet 2006

Température : 24 C
Trajet : 62 km Encore le long de la Transcanadienne. Arrivé au campement, une montée optionnelle de 13 km pour atteindre les chutes Takakkaku.
Distance parcouru : 92 km
Millage total : 979 km
Sur la route : 4 h 25

Une journée mémorable!

Elle commence par une montée abrupte. Les 18 prochains kilomètres qui nous amènent à la "Kicking Horse River Valley" sont majoritairement des montées. Aucun problème, la journée de congé a fait des merveilles et je me sens en pleine forme. Le reste du parcours est vallonneux et les paysages absolument magnifiques. Je roule majoritairement avec Rudy, nous prenons notre temps.

Sous les recommandations de Graham, nous nous arrêtons à un petit café dans le village de Field; "The Truffle Pig". Annexé au resto, un minuscule "Liquor Store". J’entre, je m’assois et devant, sur une tablette, totale surprise, de la Maudite et de la Fin du Monde. La Maudite est ma bière préférée. Je n’ai pas vu l’ombre d’une Maudite depuis mon départ. Rudy a accepté d’emblée de les transporter dans le sac arrière de son vélo, nous ne sommes, de toute façon, qu’à quelques kilomètres du campement et nous pourrons nous en départir avant la montée vers les chutes.

Mais ce petit café recèle d’autres trésors. Étant donnée la montée à venir, je partage avec Rudy un bagel au saumon fumé et un "Million berrys crumble" avec crème fouettée et sauce aux petits fruits. C’est un pur délice. Ajoutez la musique de Peter Gabriel en sourdine et le meilleur expresso bien tassé que je n’ai pris depuis des années, (en Italie) je suis au paradis et je ne peux résister à un second.

La montée vers les chutes est magique. Les flancs montagneux qui l’entourent sont éblouissants. Environ au premiers tiers, une montée en lacet. Aucun doute, le petit plateau sera nécessaire. Les chutes sont grandioses. Le son, l’énergie dégagée… Les mots ne suffisent plus!

Les freins ont été fréquemment sollicités durant la longue descente vers le campement. La routine reprend sa place, il faut monter la tente et se doucher, pour pouvoir finalement s’asseoir et déguster la bouteille de Maudite. Elle est toujours aussi délicieuse mais, en raison de son taux d’alcool élevé, je dois avouer qu’elle serait plus appréciée pendant un jour de congé. La Fin du Monde attendra…

Field / Banff, Mercredi 5 juillet 2006
Température: 24 C
Trajet : 82 km Nous quittons la transcanadienne après une dizaine de kilomètre pour nous engager sur l’ancienne autoroute maintenant fermée à la circulation. Elle nous amène au Lac Louise. Du village, nous prenons la promenade "Bow Valley" pour arriver à Banff.
Distance parcouru : 93 km
Millage total : 1072 km
Sur la route : 4 h

Une de faite… 9 à venir!!!

La journée commence encore par une imposante montée. Je n’ai pas derrière moi mon jour de repos et je la trouve assez ardue. Pas question de m’arrêter au belvédère située à peu près au milieu. Sept kilomètres plus loin, je suis enfin arrivée au sommet de "Kicking Horse Pass" (1647 mètres). Le pire est derrière.

À partir du Lac O’Hara, nous roulons sur l’ancienne autoroute 1, maintenant fermée à la circulation. Elle a bien supportée le passage des ans. C’est sur cette route que nous avons traversé la frontière de l’Alberta. Une de faite! La route se termine au lac Louise, endroit touristique par excellence. Malgré le fait qu’il était très tôt, les autobus délestaient déjà leurs flots de passagers en grande partie asiatiques. La descente de 3 km vers le village est grisante. C’est le temps du petit déjeuner chaud et on repart.

En quittant le village, nous nous engageons sur la promenade "Bow Valley" Magnifique route en vallons peu fréquentée. J’ai particulièrement apprécié le belvédère de " Storm Mountain" J’y suis arrêtée avec Rudy, la grande paix, les oiseaux, la verdure et un point de vue magnifique.

Les chutes de " Johnson Canyon" ont été une tout autre histoire. Encore un site touristique très populaire. Oui, elle sont magnifiques mais, marcher près de 2 km sur des sentiers et des passerelles presque à la file indienne, c’est beaucoup me demander. Nous nous sommes tout de même rendu au bout, Jamie nous accompagnait et il y tenait.

La finale jusqu’à Banfff s’est faite sans encombre. Jamie, peu habitué à suivre en formation, décollait souvent, malgré le fait que nous étions en vitesse réduite. Petit arrêt, en ville avant de se rendre au camping. J’ai pu retrouver le coupe vent perdu dans une descente quelques jours plus tôt. Ça m’apprendra à laisser mon sac entrouvert! Chutes Takakkawa, Alberta - Velo

Nous sommes arrivés tard. J’ai à peine eu le temps de monter ma tente et me doucher avant le souper qui fut, encore une fois, délicieux.

Banff / Cochrane, Jeudi 6 juillet 2006
Température: 28 C
Trajet : 100 km Sur la Transcanadienne jusqu’à Bow Valley Trail et la 1 A jusqu’à Cochrane.
Distance parcouru : 110 km
Millage total : 1182 km
Sur la route : 3 h 30

Départ tardif, nous sommes presque les derniers. Pour la première fois depuis des lunes nous commençons par une descente. La journée sera d’ailleurs majoritairement en descentes… vers les prairies. Les montagnes vont me manquer.

À Canmore, une vingtaine de kilomètres du campement, c’est déjà la pause. On se croise tous à un petit café et c’est le second départ sur le Bow Valley Trail.

Nous étions à peu près à mi-chemin quand nous avons dépassé le premier groupe : Melissa, les 2 Bob et François. D’emblée, ils se joignent à nous pour travailler en rotation. Le rythme est inégal, il y à place à amélioration mais c’est un bon exercice pour demain.

Nous laissons derrière nous les montagnes, devant, la plaine. Il ne reste qu’à espérer que le vent sera avec nous pour les jours à venir.

Nous arrivons à Cochrane avant midi. Le camion ne sera pas au campement avant 14 hrs. C’est une belle petite ville et j’en profite pour faire quelques emplettes. Champs de canola, Alberta - Velo

Ce soir, nous avons de la pizza. L’équipe en charge du souper s’est désistée de ses responsabilités et paye la pizza. Ce n’est très certainement pas mon premier choix avant une grosse journée sur la route, mais je n’ai pas été consultée!

Cochrane / Drumheller, Vendredi 7 juillet 2006
Température: 36 C
Trajet : 171 km Sur la 567, la 9. Détour optionnel par la 575. Un traversier nous amène à la 837 qui rejoint la 838 où se trouve notre site de camping.
Distance parcouru : 183 km
Millage total : 1364 km
Sur la route : 6 h 55 min.

Nous nous sommes levées tôt. Il y a du pain sur la planche. Bien des membres du groupe (moi inclus) n’ont jamais accompli un trajet de 100 miles (160 km) même si c’était fortement recommandé. De mon côté, c’est en raison de la mauvaise température ce printemps.

Sur la route, la routine a repris son cours. Encore une montée pour partir. Heureusement, cette fois, la montée majeure a été procédée par une petite montée de réchauffement. La seconde, plutôt corsée, en paliers ne semble pas avoir de fin. Tu es monte une, deux apparaissent… Après Airdrie (km 46) ce sont les Prairies, qui ne sont pour l’instant, pas si plates et linéaires que prévues. Des vallons, des virages, un détour dans la grosse "garnotte" (grrr!) mauvais pour le cou. L’équipe de six d’hier s’est reformée et ça ne va pas très bien, même après les mises au point.

Étant donnée que le rythme du groupe est généralement en dessous de mes capacités, j’ai généralement le temps de regarder autour à moins que je me retrouve derrière un de nos deux coéquipiers à cadence instable. Alors, la concentration s’impose… toucher a roue du cycliste devant soi et c’est la chute garantie! Ferme de canola, Alberta - Velo

Pour moi, un des plus grand irritants de la journée est que je ne peux pas m’arrêter à volonté pour prendre des photos. Si je le fais, le prix à payer est élevé. Le groupe ralentit à peine et je me retrouve pédaler à pleine capacité, sans bienfaits pour l’équipe, jusqu’à ce que je les rejoigne.

Dans la finale, seulement quatre personnes choisissent l’option du traversier et ses deux montées difficiles avec une inclinaison de 12 %. La première est longue de 1.6 km et la seconde 1.1. En plein soleil de 15h, avec 165 km dans le corps. Pas facile…

Somme toute, les 180 km n’ont pas été trop difficiles physiquement; c’est le travail de groupe qui a rongé mon énergie et, surtout, ma patience. Je laisse le tout décanter. La journée de repos est plus que bienvenue!

Drumheller / Youngstown, Dimanche 9 juillet 2006
Température: 32 C
Trajet : 140 km sur l’autoroute 9…
Distance parcouru : 140 km
Millage total : 1517 km
Sur la route : 5 h 43 min.

Le vent…

Ce qui s’annonçait comme une journée facile s’est métamorphosée, pour moi et plusieurs autres, en la seconde plus difficile journée jusqu’ici; la fournaise entre Hope et Spence Bridge (26 juin 2006) garde jusqu’ici la palme de la première place.

Tout a pourtant relativement bien commencé. Sur la 9, à la sortie de la ville, une bonne montée, et oui, encore. Par la suite, un vent arrière nous donne des ailes mais, le virage approche, un 90 degrés, le vent est maintenant en diagonale avant et souffle déjà à 30 km/ hr. Par surcroît, le terrain est en vallons et faux plats montant. Simplifions les choses, durant ces 140 km, 80 % était en montée, souvent douces mais tout de même des montées… L'élément vent !, Alberta - Velo

Je roule avec Rudy côte à côte en rotation mais mon battement cardiaque descend à peine quand je suis protégée. Diagnostic, je ne m’approche pas assez. Les 20 kilomètres avant l’arrivée à notre seul arrêt, Hanna, sont dédiés à la pratique de cet art. Je croyais qu’en s’approchant trop près, les pédales pouvaient s’entrechoquer et entraîner la chute. Pas du tout, ce sont les poignées, les coudes et les cuisses qui entrent en contact, et on ne fait que rebondir. Ce n’est tout de même pas évident pour une néophyte comme moi, mais c’est un bon apprentissage.

Après le repas, la rotation reprend et le vent gagne en intensité ; un bon 50 km / hr. À cette force, tous le corps est sollicité. Épaules, bras, tous les muscles stabilisateurs, les jambes, les genoux. L’effort soutenu fait que l’on met plus de pression sur la celle qui devient très inconfortable.

La finale est infernale, je suis étourdie par le vent, j’ai des frissons malgré la chaleur et, pour les 10 derniers kilomètres, nous étions à sec.

J’ai bu je ne sais combien de litres d’eau depuis mon arrivée au camp… et pris trois services au souper. Le vent gagne encore en intensité. L’orage approche. Il faut dormir, les prévisions pour demain ne sont pas encourageantes mais, ce ne sont que des prévisions… un jour à la fois.

Youngstown / Kindersley, Lundi 10 juillet 2006
Température: 34 C
Trajet : 149 km sur l’autoroute 9 qui devient la 7 en Saskatchewan
Distance parcouru : 155 km
Millage total : 1672 km
Sur la route : 5 h

Deux de faites… 8 à venir!!!

Ce matin, c’était la panique; une réaction extrême à la journée difficile d’hier. Les premiers ont quitté à 6 hrs 15, à 6 hrs 45, la moitié du groupe avant déserté le campement. Pourtant, le temps est clair, et nous avons un vent arrière.

L’équipe de Rudy est en charge du déjeuner. Au menu, du pain doré. Personne ne semble intéressé, trop pressés à se préparer pour le départ. Il en fera tout de même et, finalement, un bon pain et demie y passera. C’était délicieux. Ce déjeuner chaud a été particulièrement utile. Il n’y avait rien le long de la route. Il m’a soutenu pour une bonne partie de l’avant midi. Bienvenue en Saskatchewan ! - Velo

Je roule avec Rudy côte à côte en rotation mais mon battement cardiaque descend à peine quand je suis protégée. Diagnostic, je ne m’approche pas assez. Les 20 kilomètres avant l’arrivée à notre seul arrêt, Hanna, sont dédiés à la pratique de cet art. Je croyais qu’en s’approchant trop près, les pédales pouvaient s’entrechoquer et entraîner la chute. Pas du tout, ce sont les poignées, les coudes et les cuisses qui entrent en contact, et on ne fait que rebondir. Ce n’est tout de même pas évident pour une néophyte comme moi, mais c’est un bon apprentissage.

Il y a trois types de cyclistes : les rouleurs, les grimpeurs et les sprinters. Je suis une grimpeuse, et, Rudy est un rouleur. Il est très fort sur le plat et a tendance à en profiter. Il allonge son kilomètre de plus en plus et moi, je m’endors à l’arrière. Encore une mise au point et on revient aux changements à chaque kilomètre, ça garde le niveau d’attention plus élevé et, avec notre vitesse de croisière, le temps à l’avant passe rapidement. Mais la route est longue et mes jambes ne retrouveront pas vraiment la forme. La journée d’hier m’a sapé plus d’énergie que je le croyais.

Nous arrivons à Kindersley tôt. Le camion n’est fort probablement pas encore arrivé au campement, l’excuse parfaite pour un arrêt gastronomique… Dairy Queen! Croyez-moi, c’est ce que j’ai vu de plus alléchant sur les derniers 155 km!

Kindersley / Outlook, Mardi le 11 juillet 2006
Température: 27 C
Trajet : 154 km sur l’autoroute 7, la 4 à partir de Rosetown pour quelques kilomètres et la 15 jusqu’à Outlook.
Distance parcouru : 159 km
Millage total : 1831 km
Sur la route : 4 h 50 min.

Les prairies

Je suis en charge du déjeuner. Encore une fois, la moitié du groupe est partie tôt, ceux qui restent on apprécié le déjeuner prédéterminé pour ce matin : "Mighty oatmeal". J’en ai pris un peu, le gruau me reste généralement sur l’estomac quand je roule, celui là a très bien passé. J’avais du tirant dans les pattes, mais pas de côtes pour pratiquer.

Aujourd’hui, je peux vraiment écrire que nous avons roulé dans les Prairies… Enfin, ce que l’on imagine que sont les prairies. Il y a des faux plats, quelques courbes, le reste, une route rectiligne qui se perd à l’horizon. Le paradis des rouleurs la teigne des grimpeurs. C’est plate!!! Il faut y mettre du cœur et de la volonté. Rouleaux de foins..., Saskatchewan - Velo

Ça pourrait être pire, bien pire, il parait qu’il y a cinq ans, l’équipe du Tour a roulé le même trajet avec de la pluie et un vent de face. Ils ont mis, en moyenne, 11 hrs 30 pour le compléter.

Aujourd’hui nous avons une bonne poussée arrière, le temps est frais et le ciel presque sans nuages. On pourrait difficilement demander mieux. Un virage à 90 degrés sur l’autoroute 4 entre la 7 et 15 nous a fait vivre un petit rappel de 5 km avec des conditions près de celles qui ont prévalus il y a deux jours. Ouf!

Nous avons fait des arrêts réguliers, pour manger et prendre quelques photos. Le niveau d’énergie est demeuré haut. Ce fut une journée très performante, bonne pour le moral, et c’est tant mieux parce que, pour la première fois, nous roulerons 5 jours de suite avant la journée de repos. Encore deux et nous arrivons à Régina.

Outlook / Craik, Mercredi le 12 juillet 2006
Température: 33 C
Trajet : 119 km sur l’autoroute 15 et la 11 à Kenaston jusqu’à Craik
Distance parcouru : 132 km
Millage total : 1964 km
Sur la route : 5 h 24 min. Vieille école - Saskatchewan - Velo

Je vous écris de ma tente, en ce mercredi soir pluvieux. La journée fut longue et difficile. Premièrement, un lever hâtif. La porte du camion a été ouverte par un de nos lèves tôt à 5hr 20. Je n’ai pu retrouver le sommeil. J’avais mis mon réveil à 6 hrs 15, oublions ça…

Heureusement, le déjeuner chaud a été servi aux personnes restantes par l’équipe d’Émilie; des crêpes aux bananes. Ça me rappelle le bon vieux temps de Backpacker. C’est un classique

Un vent de face nous attend sur la route, franc, à une trentaine de km / hr. Aussi stable que déprimant. Quand on travaille un bon dénivelé, il y pratiquement toujours un retour, quand on travaille contre le vent, et qu’on se déplace dans la même direction, on ne fait que donner…

Nous nous sommes arrêtés à Kenastown "The Blizzard capital of Saskatchewan and the home of the Big Snowman." Cette petite ville qui, de toute évidence, a connu des jours glorieux, est à l’image des municipalités que nous traversons depuis quelques jours et, la photo que je joins à ce texte, est son reflet; elles sont mourantes.

La localité est délabrée. La plupart des routes qui la traversent sont en gravier. Nous avons peine à dénicher le centre ville… et un petit casse croûte. Les tenanciers sont asiatiques. À l’intérieur, trois des tables sont occupés par des locaux. Quatre à chaque table, deux tables de femmes, une table d’hommes; tous des rentiers. Ils ont, pour la plupart, vendu leur lopin de terre à de grosses compagnies. Personne ne les remplacera... C'est ce qu'on appelle faire du foin... - Saskatchewan - Velo

Après la collation, nous nous engageons sur la 11, une autoroute à quatre voix avec, supposément, un bon accotement. Ce n’est pas le cas. Pour la majorité du trajet, nous n’avons qu’une petite bande d’à peine un pied, et nous devons demeurer sur le côté extérieur de la ligne blanche parce que l’asphalte à droite est en très mauvais état. Au Québec, nous serions en charpie. Ici, la grande majorité des camions changent de voie. Les conducteurs de voiture sont moins avenants, mais ils déplacent beaucoup moins d’air.

Rouler dans de telles conditions n’est pas de tout repos, de plus, il fait très chaud, le vent est sec, toujours aussi insistant, et les bouteilles d’eau se vident à une vitesse record. Encore une fois, les derniers kilomètres sont particulièrement difficiles mais, ma récompense m’attend à Craik. Une bibliothèque municipale avec un ordinateur qui accepte ma clé. Qui l’eut cru! Mais il est d’une lenteur… Je passe plus d’une heure à transmettre mon journal des derniers jours tout en buvant mon litre d’eau.

Craik / Regina, Jeudi le 13 juillet 2006
Température: 27 C
Trajet : 128 km sur l’autoroute 11, entrée à Régina par la rue Pasqua
Distance parcouru : 132 km
Millage total : 2097 km
Sur la route : 4 h 40 min.

L’incontournable…

Hier, je me suis endormie avec les bourrasques de vent, les éclairs, le grondement du tonnerre et le crépitement de la pluie sur ma tente. Au lever, le ciel est encore lourd. Pour la première fois depuis notre départ, nous devrons rouler sous la pluie.

La majorité des cyclistes ont pris le temps de déguster leur déjeuner chaud. Tous les espoirs de voir le temps se dégager se sont dissipés vers 7 hrs 30. Ils ont été remplacés par le dilemme… quoi porter?

Pour ma part, j’ai opté pour mes longs Pearl Izumi imperméables à l’avant et les couvres chaussures assorties. Une première couche Craft à manche courte pour évacuer l’humidité du corps, un jersey, des rallonges pour les bras et mon imperméable hermétique Louis Garneau. Il fait trop chaud pour mon "Firewall" Sugoi et, si la pluie perdure, j’aurai le dos trempé. Touche finale, le couvre casque Sugoi. À l’achat, je doutais de l’utilité et de l’esthétique de cette pièce mais elle s’est révélée très efficace, un "must" à petit prix.

Et c’est un départ… Rudy me dépasse, je ne bronche pas. Je sais, par expérience (j’ai testé mon équipement dans toutes les conditions) qu’aujourd’hui, la vitesse n’a pas d’importance. Mon niveau de gras est très bas et le froid peut m’affecter rapidement. Il faut que je roule pour me garder au chaud sans suer et seul le battement cardiaque importe. Je dois le maintenir juste au dessous du maximum de ma zone de récupération active soit 134.

J’ai roulé seule, à ma vitesse pour les conditions, environ 30 km/hr. Je me suis arrêtée à deux reprises. La première fois pour Jamie qui tentait de gérer sa xième crevaison. Trois autres personnes étaient présentes. J’ai offert un de mes tubes au cas ou le problème se reproduirait. Il a décliné mon offre et je me suis éclipsée. Déjà, après seulement quelques minutes d’arrêt, j’avais des frissons. Une bonne session à pédaler debout a rétablie ma température corporelle.

L'emblême de la Saskatchewan - VeloLa seconde, dans la vallée de Disley, (km 71) le creux du plus important dénivellement de la journée. J’ai mangé en vitesse une barre repas que je transporte toujours pour les urgences. La montée a vite fait de me réchauffer… et ce fut tout. (désolée, pas d’arrêt photo)

J’ai pris plaisir à cette randonnée solitaire. Je suis une des premières au campement malgré mon départ tardif. Je vous écris ces notes fin d’après-midi, le soleil est revenu, la tente est montée, la douche prise, mon vélo est nettoyé et huilé, le lavage est fait. Il ne reste qu’à profiter d’un repos bien mérité. Demain, c’est un jour de repos et je passe la journée à Régina.

Regina, Vendredi le 14 juillet 200

La nuit a été courte, Je ne sais trop pourquoi, j’ai eu peine à trouver le sommeil. Ce matin, je me suis réveillée en sursaut, heureuse de voir le toit de ma tente. J’ai fait un abominable cauchemar, j’ai rêvé qu’on m’avait volé mon vélo. J’étais à Montréal et je ne voulais pas en acheter un autre, je faisais tout pour le retrouver mais le temps passait et le groupe allait repartir le lendemain… Ouf! Il est à couvert avec les autres le long du camion. Pour lui aussi, c’est un jour de repos.

Que j’aime ces levées relax! Pas de claquements de pôles de tentes. Le ton est bas, il n’y a pas de presse. Bob a fait des crêpes aux pommes…il n’y a plus de bananes, c’était délicieux.

J’ai quitté avec la voiture de location de Loyd, Émilie et Garry. On a fait deux magasins de vélo; et oui, on a ça dans le sang, même congé. Ils m’ont par la suite laissé à la bibliothèque pour que je transmette mon journal. Magasinage au centre ville, j’ai rencontré François, Bob et Brett. Dîner dans un Bistro devant le parc avec Doug et Rudy, encore du magasinage. J’ai déniché une paire de cuissard Pro de Craft. Fait en Italie, magnifique confection, en vente. Quand on passe des heures sur la selle jour après jour, le confort n’a pas de prix!

Vers 18 hrs, nous nous sommes retrouvés au Keg pour un repas de viande rouge. Toutes les assiettes en contenaient. Retour au camp. Nous sommes d’avis que nos campements pourraient se trouver un peu plus près des villes, surtout quand nous sommes en congé.

Et voilà! Demain on repart pour six jours…

Regina / Neudorf Samedi le 15 juillet 2006
Température: 30 C
Trajet : 121 km Sur l’autoroute 1, puis la 10 qui traverse Edgeley et Fort Qu’Appelle. Finalement, la 22 jusqu’à Neudorf en passant par Lenberg.
À Régina - La compagnie de la baie d'Hudson - Velo Distance parcouru : 131 km
Millage total : 2228 km
Sur la route : 5 h

Le passage sur l’autoroute 1 a été court. Au kilomètre 9 nous nous engageons sur la 10 vers Fort Qu’Appelle. Une route à deux voix relativement tranquille. Lentement le paysage change. Les champs ne sont pas aussi plats et les arbres de plus en plus présents. Il y a toujours ces magnifiques champs de Canolas en fleurs. On ne se lasse pas de les regarder et de les sentir.

Au kilomètre 60, la vallée de Fort Qu’Appelle, apparaît. Une bonne descente pour l’atteindre. Nous y avons déniché un café logé dans le plus vieux magasin encore debout de la compagnie Hudson’s Bay. Un magnifique édifice en grande partie construit avec des roches des champs prises dans la vallée. La devanture est en brique. L’édifice a été déclaré Héritage provincial en 1983.

À notre arrivée, des muffins avec des "Saskatoon berries" sortaient du four. Ils étaient délicieux, mais… pas de beurre, de la margarine à base d’huile de canola! Il fallait s’y attendre.

Au kilomètre 88 nous nous engageons sur la 22. Le pavée n’est pas très beau mais la route à l’avantage d’être déserte. Encore des champs de canolas, des marécages, de magnifiques champs de blé ondoyant et des bosquets d’arbres. Sommes-nous finalement sortis des prairies… Des fleurs... pour Danielle ! - Velo

Dernier arrêt possible avant Neudorf : Lemberg. Une autre ville presque fantôme. Un seul restaurant d’ouvert (Chinois). À 13 hrs 5, nous quittons. Elle fermait pour l’après-midi malgré le fait que trois membres du groupe se sont présentés à la porte. Donc, non seulement il y a peux d’endroits pour se sustenter mais, en plus, il faut arriver dans les temps. Hum!

Neudorf est un petit village qui semble très fier de recevoir le Tour. Tous nous saluaient amicalement. Ils nous laissent l’aréna et les alentours. Ils ont même apportés un BBQ pour la cuisson, des crayons et des épinglettes à l’effigie de la ville!

Neudorf / Binscarth Dimanche le 16 juillet 2006
Welcome to Manitoba ! - Velo Température: 26 C
Trajet : 172 km Sur la 22 jusqu’à Killaly et la 47. Nous traversons le Crooked Lake Provincial Park, dans la vallée de Qu’Appelle jusqu’à la 9 pour reprendre la 22 (qui devientl a 473 au Manitoba) jusqu’à Binscarth. (Un raccourci de 32 km est possible en demeurant sur la 22.)
Distance parcouru : 173 km
Millage total : 2401 km
Sur la route : 6 h 45 min.

Je veux bien croire que c’est une grosse journée mais, se lever à 4 hrs pour pouvoir quitter vers 5 hrs, je considère que c’est exagéré, d’autant plus que les personnes qui ont fait ce choix sont de bons rouleurs(euse). Encore un repos matinal manqué…

Je suis sortie de la tente à 6 hrs pour quitter vers 7 hrs. Il est évident que le vent ne sera pas avec nous aujourd’hui. Qu’à cela ne tienne. Je roule avec Rudy et nous optons pour la voix scénique. Nous ne le regretterons pas.

Une belle descente nous amène au "Crooked Lake Provincial Park". Le paysage change complètement. Au loin, le lac, les montagnes et vallons qui encerclent la vallée. Une route déserte, toute en courbes et en dénivelés longe la vallée. Malgré le fait que nous avons une grosse journée devant nous, nous roulons côte à côte, à vitesse réduite, pour pleinement profiter de ce paysage absolument magnifique. Même le vent ne nous affecte pas trop.

Mais, toute belle chose à une fin. Nous quittons le Parc pour nous engager dans une très longue montée qui sera interrompu par Mike, notre chauffeur de camion, magasinier, compagnon de voyage, etc. Il veut parler à Rudy, Chef en charge ce soir. Tout est fermé, il faut changer de menu.

Reprendre une montée interrompue n’est pas de facile. Pensez-y avant de mettre le pied à terre. Pour moi, avant l’arrêt, tout allait bien, bon rythme, battement cardiaque plus que raisonnable. Je repars, debout sur les pédales pour me donner un semblant d’élan. J’en ai bavé jusqu’à la fin…

Le retour sur la 22 a donc été brutal. On se retape les routes rectilignes et le vent, 35 à 40 km/hrs, de face ou du côté gauche. Rudy est particulièrement performant avec un vent de face. Moi, je deviens un parasite…

Environ 20 km avant notre arrivée, nous avons traversé la frontière entre la Saskatchewan et le Manitoba et avancé nos montres de une heure. Trois de faites, 7 à venir!

Binscarth / Minnedosa Lundi le 17juillet 2006
Température: 27 C
Trajet : 136 km De Bincarth, la 41 sud, puis la 42 qui traverse Birtle et Shoal Lake. Pour finir, la 16 jusqu’à Minedosa.
Distance parcouru : 173 km
Millage total : 2543 km
Sur la route : 4 h 30 min.

Un jour de repos!

J’ai quitté avec Rudy à 8 hrs 15, il était en charge du déjeuner ce matin. Ma rotation est aujourd’hui. Déjà! Que le temps passe…

Un bon vent arrière nous attendais en quittant la vallée sur une route presque déserte, droite mais vallonneuse, pour commencer. Nous avons roulé côte à côte jusqu’à Britle, (km 37) continué notre chemin sans profiter de cet arrêt, et travaillé en rotation jusqu’à Shoal Lake ou, selon le plan remis pour la journée, nous pourrions trouver des brioches à la cannelle. Vous voyez que les membres du Tour ont leurs priorités. Tout ce qui est important est écrit avec la carte du jour! Elles étaient …bonnes. Nos sommes des experts et, on a goûté mieux.

En repartant de Shoal Lake, Brett se joint à nous et nous travaillons ensemble. Le terrain est généralement plat et rectiligne, la route achalandée mais l’accotement est bon. Poussés par le vent, l’effort est minimum, pour une vitesse de croisière plus que raisonnable, entre 34 et 46 km/hr. Pour moi, la fatigue de la journée d’hier est encore présente. Ce vent arrière est une bénédiction. C’est comme un jour de repos. Champ de lin ! - Velo

Nous arrivons au campement à 14h, après un arrêt pour un café en ville. Ce petit tour de reconnaissance sera bénéfique sur deux points. J’ai localisé l’endroit pour Internet sans fil et, à ce même café se trouve le meilleur gâteau aux carottes que j’ai mangé depuis très très longtemps. Mœlleux, à peine épicé, texture exceptionnelle, probablement en raison de la noix de coco râpée ajouté au mélange, crémage fondant. Avec un double expresso glacé. Mmm!!!. Comme vous pouvez le constater, j’aime bien manger, maintenant, c’est la débandade!

Ce soir, c’est moi qui cuisine avec mes deux assistants. Le repas est apprécié. On nettoie le tout et, je n’ai qu’une pensée, retourner en ville pour transmettre mon journal… et prendre un second service de gâteau aux carottes. Le tiers du groupe s’y retrouve. Il en restait peux quand j’ai quitté. J’en ai eu une portion et demie… Peut-être vais-je enfin pouvoir prendre un peu plus d’accélération dans les descentes demain???

J’ai laissé mon courriel et demandé s’il serait possible de me transmettre la recette. Ils vont vérifier avec la proprio. Avis aux intéressés pour un suivi.

Minnedosa / Portage Mardi le 18 juillet 2006
Température: 30 C
Trajet : 138 km Sur la 16 avec une finale sur la Transcanadienne pour sortir à Portage.
Distance parcouru : 134 km
Millage total : 2684 km
Sur la route : 6 h

Il est 17hrs 30, je suis devant ma tente, assise sur ma chaise de camping avec, dans le trou, une bière froide. Une question : Pourquoi je ne peux me lever sans la prendre avec moi avant de l’avoir terminé? Le vent est si fort qu’il renversera la chaise et la bière! Monter la tente relevait de l’exploit. J’ai du développer une technique spéciale.

Pourtant la journée avait bien commencé. Départ tardif et un petit arrêt pour un double expresso et… un morceau de gâteau aux carottes. J’ai rencontré la proprio et je crois bien qu’elle va me transmettre la recette.

Je roulais avec Graham et Rudy. Au départ, le vent était contre nous mais, sans plus. Nous avons pris du retard en arrêtant à Neepawa pour visiter la maison de Margaret Lawrence. Malheureusement, à 10 hrs, heure d’ouverture, personne n’est en vue.

Sur les trottoirs de cette belle petite ville des lys jaunes sont peint. En la traversant, nous avons rencontré trois coéquipiers qui dégustaient une brioche à la cannelle, selon leurs dires, la meilleure jusqu’ici. Rudy et Graham ont vérifié et en sont venus aux mêmes conclusions. Pour ma part, j’ai du passer, je n’avais pas l’ombre d’une faim.

Nous reprenons la route, le vent se fait de plus en plus insistant. La première équipe dépassée ne se joint pas à nous, la seconde accepte. Ce sont Lloyd, Émilie et Lorry, les mangeurs de brioche. Nous travaillons sur deux lignes pour se protéger du vent latéral. Je suis côté vent à l’arrière, protégeant Émilie et je patiente. Peu de rotations, les gars restent en avant. Finalement, après une vingtaine de minutes, j’ai mon tour. Fatiguée d’être collée sur ma selle, j’avise Lloyd, à ma gauche, que je vais quitter pour deux minutes. Et me voilà partie, debout sur les pédales, heureuse de pouvoir enfin quitter mon siège et pomper mes Fleur, Neepawa - Velo artères. Je laisse le groupe revenir sur moi et reprend ma position de tête pour être interpellée par Rudy. "What the fuck are you doing? You are disturbing the pace line. If you want to do that, go in the back. " Je ne sais pas trop comment on peut monter sur les pédales, gros plateau à l’avant et petit plateau à l’arrière en restant derrière, mais enfin, d’après le ton, le temps n’était pas à l’argumentation! J’ai suivi les ordres… je me suis arrêtée pour les laisser s’éloigner et j’ai repris mon chemin. Je ne suis pas ici pour me faire crier après, encore moins par quelqu’un que je croyais mon ami!!!

Le vent, ma grande faiblesse, se fait de pire en pire et mon niveau de liquide baisse dangereusement. Gladstone (km 71) est une ville fantôme, même chose pour Westbourne (km 101). En désespoir de cause, avec une trentaine de km à faire (donc deux heures de travail ardu si le vent ne gagne pas en intensité) je traverse deux fossés pour joindre un édifice entouré de quelques voitures stationnés. Dieu merci, j’y trouve de l’eau et des toilettes.

Le retour sur la route est tout de même difficile. Je travaille dur pour demeurer au dessus de 20 km/hr, plus tard, je devrai mettre encore plus d’effort demeurer au dessus de 15. Je descend à 13 quand je rencontre un camion et monte à 18 quand je me fais dépasser.

Je suis arrivée au campement à 16 hrs, brûlée. Je suis la première après le groupe des lèves tôt. Pourtant, je n’ai jamais dépassé ceux avec qui je roulais. Cette journée a été, pour la majorité, la pire ou égale à celle de Hope / Spences Bridge.

Après souper, un gâteau a été servi pour souligner le départ de François. Toute une finale. Un autre ex-membre du tour se joindra à nous demain.

Portage / Beausejour Mercredi le 19 juillet 2006
Température: 26 C
Trajet : 157 km Nous avons emprunté la 26 qui traverse Poplar Point, la 248 en passant par Marquette, la 227 jusqu’à Warren et la 67 jusqu’à Lockport. Finalement, la 44, la 12 et la 215 jusqu’à Beausejour. Il y a une option qui traverse Winnipeg, mais elle n’est pas recommandée.
Distance parcouru : 166 km
Millage total : 2851 km
Sur la route : 5 h 55 min.

Lever un peu tardif ce matin. C’est l’odeur de cuisson des crêpes qui m’a sorti de ma torpeur. Je m’étais assoupi après mon réveil normal. Les lèves tôt se font plus discret, et c’est tant mieux.

Les notes de routes, en bas de page de notre carte du jour, n’annoncent rien de bon pour une grimpeuse en manque : "Flattest day of the whole trip." Finalement, si le vent est de notre côté, c’est tant mieux. Mon système immunitaire est bas, signe de sur entraînement. Mon corps demande un jour de repos et je ne peux lui donner que dans deux jours.

Je quitte vers 8 hrs, seule. Effectivement, c’est un bon vent arrière. Je tente de faire le minimum d’effort et maintien mon battement en dessous de ma zone de repos actif. Le départ est difficile, j’ai les jambes en coton, mais le temps est magnifique, frais, ensoleillé. La route est tranquille.

Premier arrêt, petit café de camionneurs à Poplar Point, une trentaine de kilomètres plus loin. Rudy Brett et Graham quittent, Jamie et Garry arrivent peu après. Je commande un BLT, il est délicieux. Ce sera mon seul arrêt resto jusqu’à mon arrivée à Beausejour.

Fleur, Tournesols - Velo

Le départ est difficile, j’aurais dû prendre aussi un café. J’opte pour le iPod pour me donner de l’énergie. Ça aide, lentement, les kilomètres s’effritent. Je m’arrête pour quelques photos de magnifiques champs de tournesols.

Le dîner se prendra dans un parc juste avant le village de Lockport. La grande paix sur un banc de parc avec un groupe d’outardes qui nagent paisiblement.

Arrivée à Beausejour, je recroise Doug et nous optons pour un petit arrêt pour un milkshake et cheese burger. Ce sera une excellente décision. Le souper est maigre ce soir, il n’y avait pas assez de viande pour remplir tous les estomacs. Nous avons un nouvel équipier, John, il a fait le tour en 2003.

J’entre dans ma tente très tôt. J’ai encore besoin de repos. Six jours consécutifs sur la route c’est beaucoup… en tout, plus de 900 km!

Beausejour / Kenora Jeudi le 20 juillet 2006
Température: 30 C
On approche du Québec ! - Velo
Trajet : 169 km Sur la 44 avec un court passage sur la 1, qui devient la 17 en Ontario et nous amène à Kenora.
Distance parcouru : 175 km
Millage total : 3026 km
Sur la route : 6 h 50 min.

Au bout du tunnel…

La journée s’annonce mal. Nous avons un vent de face et 170 km à faire. Je quitte le campement à 7hrs 45. Le fait est que je n’ai simplement pas envi de prendre la route. Les souvenirs du 18 juillet me hantent. Je me vois rouler pour 8 à 10 heures à me battre contre le vent.

Je m’y met finalement et tente de conserver une vitesse de croisière raisonnable. Un coup de pédale à la fois. Rien n’y fait! Mon battement cardiaque ne monte pas. Je n’ai simplement pas de jambes devant cette route plane et ce vent persistant.

Je suis si concentrée à avancer que je ne réalise pas tout de suite le changement de paysage. Quelques petits dénivelés se dessinent, la forêt s’épaissit. Ce qui me réveille, ce sont les bas rochers en bordure de la route. Qui dit roches, dit vallons, dit montées! Ça commence par des faux plats montants. Je fais mieux en vitesse que sur les plats. Puis, les courbes, et des montées plus sérieuses. Plaisir soutenu, les courbes s’accentuent avec les montées, le vent devient inconstant; il ne se nourrit plus du vide des prairies. Mon battement cardiaque s’intensifie avec le plaisir. À chaque virage, une montée se dessine et j’étale un grand sourire. Enfin!!! Je suis dans mon élément.

Au kilomètre 113, je manque l’entrée pour la 1. Minutage parfait, le groupe de tête, Rudy, Bob et Melissa rebroussent chemin et s’engagent sur la bonne route. Je les suis de loin. Ils travaillent en équipe et me devancent allégrement sur le plat élargi de l’autoroute. Mais, une montée se profile. Je les rejoins. Une seconde montée, j’attends derrière. Je sais qu’ils sont plus fort que moi dans les descentes, en raison de leur poids et dans les plats, parce qu’ils travaillent en groupe mais, les jambes me démanchent et une autre belle montée se présente. Ils s’y engagent. Rudy est à l’avant, Bob et Melissa décollent, ils ne peuvent suivre, comme à la dernière. Merde, le plaisir est dans l’instant advienne que pourra. Je passe Bob et Melissa sans peine… puis Rudy… Je le laisse derrière et il me rejoint dans le plat qui suit la montée. Je saurai plus tard que c’est pour me prouver qu’il peut suivre… je le savais! Comme un tunnel sans toit... - Velo

Nous arrivons à la frontière de l’Ontario. Je repars avant et l’équipe me dépasse dans une descente. Je m’en fiche éperdument, j’ai eu mon petit plaisir de la journée!

Je garderai une bonne énergie jusqu’à la fin du trajet. Me voilà au campement, un cooler à la main, les jambes fatiguées, une journée de repos devant moi et plein de montées en vue. De toutes les provinces, l’Ontario est celles qui contiens le plus de dénivelés et nous y passons 25 jours. Ce "retour aux sources" fait de cette journée la meilleure jusqu’ici. En bonus, la traversée d’une autre province. Quatre de faites, 6 à venir!

Kenora Vendredi le 21 juillet 2006

Kenora Vendredi le 21 juillet 2006

Ce jour de congé débute un peu trop tôt à mon goût. Vers 5 hrs, un groupe de corbeau commence ses "vocalises". Avec un tel concert, les bouchons d’oreilles sont inefficaces.

Je sors de la tente à 6 hrs 30. Je suis une des premières debout et après un petit déjeuner froid, je profite de la tranquillité des lieux pour sortir le support à vélo, nettoyer et vérifier celle qui me sert si bien tous les jours. Hier, elle rechignait. Les changements de vitesse sont lents. J’espère que ce n’est qu’un manque de tension sur le câble du dérailleur. Le vrai diagnostic appelle pour un changement des câbles, gaines, chaîne et casette. Elle devrait normalement faire encore 2002 km avant cette gâterie.

Finalement, je peux faire en resserrant le câble du dérailleur arrière. Je passe au magasin de vélo en fin de matinée pour vérifier l’usure de ma chaîne. J’ai dépassé le 35% habituel. Je débat le fait que je pourrais la faire installer sur place pour une dizaine de dollars. Le mécano trouve finalement la chaîne que je recherche et elle est 20 dollars de plus que le remplacement que j’ai acheté à Montréal. La question est réglée. Par cette belle après-midi ensoleillée, je vais changer ma chaîne au lieu d’aller faire un tour à la plage. Mon horaire est serré.

De retour au campement, j’effectue le changement. À peine terminé Graham revient de la ville. Il n’a pas trouvé de guidolline. Je lui offre celle que j’ai apportée au cas où, il accepte et je lui installe.

Le reste de l’après-midi est dédié à la mise à jour de mon journal et un triage des photos. Les derniers jours ont été longs et j’ai pris du retard.

Vers 5 h, l’orage commence. Rudy revient de la ville avec un sac et me lance un de ses ordres : Viens à ma tente avec ta tasse. Je suppute qu’il a acheté une bonne bière. Il y a des ordres qui sont plus faciles à accepter que d’autres et, c’est le temps de la réconciliation. Je déguste donc, en apéritif, une délicieuse Chimay. Graham nous accompagne. Même si ce n’est pas un amateur de bière, il adore. Pas la manne pour la photo par ici, Rushing River - Velo

Le souper sera manqué. Je pars en vile avec un groupe. Tout est fermé en raison d’une fuite de gaz. Le seul resto ouvert, un Tim Horton avec une file d’attente de 30 minutes. Mais il faut manger… demain, on roule.

Kenora Caliper Lake Samedi le 22 juillet 2006
Température: 29 C
Trajet : 127 km Sur la 17 puis la 71 en traversant les village de Longbow Lake, Sioux Narrows, Crow lake et Nestor Falls.
Distance parcouru : 130 km
Millage total : 3156 km
Sur la route : 5 h

Je ne sais trop pourquoi, ce matin, je n’ai pas d’énergie. Les œufs brouillés que j’ai mangés au déjeuner me restent sur l’estomac et, malgré leur jour de repos, mes jambes n’ont pas leur entrain habituel devant les montées. Ça ne m’empêche pas d’arborer un grand sourire quand elles se dessinent.

Jusqu’à 13 h, la température demeurera fraîche, le soleil est légèrement voilé, le vent souffle occasionnellement, rien d’inquiétant, J’ai vu bien pire.

Le paysage est magnifique. Le nord de l’Ontario est le paradis des pêcheurs. L’eau est omniprésentes : lacs, rivières, ruisseaux et marais bordent la route. Je m’arrête régulièrement pour prendre des photos.

La route est belle et la circulation raisonnable. Ce sont, à 90%, des camions avec une remorque et un bateau. Moi qui adore la pêche, ça me donne un peu envie.

Durant tout le parcours, je roule doucement, pas de presse. Partie dans les dernières, je remonte lentement et rencontre mes compagnons de route au passage. C’est une petite journée et nous campons dans un Parc Provincial. C’est d’ailleurs ce que nous ferons jusqu’à Thunder Bay. Bien des soirées tranquilles à venir avant de revoir la civilisation. Pas plus la manne pour la photo par ici, Inukshuk - Velo

Le souper est excellent. Du poulet au curry. Nous avons une bonne ration de viande cette fois. Peu après 9 hrs, presque tout le monde est dans la tente. Je ne suis pas la seule à avoir eu de la difficulté à m’y mettre aujourd’hui. Je crois que nous n’avons pas encore récupéré de nos 6 jours de route consécutifs.

Caliper Lake / Taylor’s Cove Dimanche le 23 juillet 2006
Température: 30 C
Trajet : 128 km Sur la 71 puis la 11 qui traverse Emo, Devlin et Fort Frances pour atteindre le camping de Taylor’s Cove.
Distance parcouru : 130 km
Millage total : 3286 km
Sur la route : 4 h 50 min.

Je me suis réveillée à 5 hrs et je n’ai pu retrouver le sommeil. Trente minutes plus tard, j’entends un clapotis inhabituel sur ma tente. De la pluie, légère mais quand même!!! Devrais-je démonter ma tente sous la pluie pour une première fois? Finalement non, elle cesse après déjeuner. Mais, le temps demeure couvert, chaud et humide. Je n’arrive pas à me décider sur ce que je devrais apporter. J’opte pour le minimum, mon imperméable et mon couvre casque et quitte le camping vers 7hrs 45, seule.

Une vingtaine de minutes plus tard, je suis rejointe par Rudy qui me demande s’il peut rouler avec moi. Son explication : il ne veut pas attendre Graham et Brett, ses compagnons de route des dernier jours, parce qu’il doit arriver tôt. Il est en charge du souper ce soir. Hum! 128 km à faire… le meilleur rouleur du groupe… il aurait pu trouver mieux. Devant tant de bonne volonté, j’accepte.

J’ai tout de suite été à l’aise avec la proximité et la cadence. Pour ce qui est du rythme, mes doutes sont confirmés, je me la coule plus douce quand je suis seule.

Je suis déchirée entre les deux approches. J’aime le défit du travail d’équipe, le dépassement qu’il apporte. On donne tout quand on est en avant et on tente de se reposer à l’arrière. J’ai côtoyé d’autres membres du groupe mais je n’ai trouvé personne de compatible. D’un autre côté, quand je roule seule, ça manque de piquant, ça peut être ennuyant à mourir mais je suis plus attentive à ce qui m’entoure et je peux m’arrêter quand je veux. Bel exemple d'une montée en paliers, Mmm! - Velo

De toute façon, aujourd’hui, le paysage n’est pas aussi charmeur. Entre les petits villages presque déserts, un milieu rural avec quelques cultures. On est loin des grands champs uniformes des prairies… et non, ils ne me manquent pas!

Le temps est demeuré généralement couvert pour la majorité de la journée, occasionnellement menaçant mais, pas une goutte de pluie n’est tombée durant le parcours.

L’arrêt bouffe devait être à Fort Frances, que des grandes chaînes sur la route, rien d’ouvert au centre ville. Finalement, ce sera un pique-nique sur le bord du lac avec quelques achats faits dans une petite épicerie charcuterie.

Nous arrivons les premiers au campement, sur le bord de "Rainy Lake", un peu avant 14 h. Le camion n’est même pas encore là. Il est beaucoup trop tôt pour cuisiner!!!

Taylor’s Cove / Quetico Lundi le 24 juillet 2006
Température: 32 C
Trajet : 154 km Sur la 11 jusqu’au camping Dawson Trail dans le Parc Provincial de Quetico.
Distance parcouru : 165 km
Millage total : 3451 km
Sur la route : 5 h 45 min.

Au lever, le ciel est sans nuages. Il a plu durant la nuit. Le temps est déjà chaud. Je m’empresse de manger. Le déjeuner chaud est du gruau instantané; ça ne vaut pas la peine d’attendre.

Je quitte seule, peu après 7 hrs, pour profiter pleinement de la fraîcheur du matin. Le terrain est détaillé sur notre feuille de route comme des "rollings hills". En français, on écrirait probablement des montagnes russes mais je ne suis pas certaine que c’est la bonne description.

En gros, c’est un suivi de montées et de descentes. L’accélération prise dans les descentes donne un momentum pour la prochaine montée… et c’est grisant! Dans le parcours d’aujourd’hui, les montées sont souvent en paliers, avec un faux plat qui permet de reprendre son souffle… ou de la vitesse. Je préfère la vitesse.

Durant le parcours, nous n’avons que deux endroits pour nous approvisionner. Le premier est au km 28, un peu trop tôt. J’arrête tout de même pour de l’eau, ma hantise. Le second est un détour de 3 km à Atikokan (km 110) C’est un arrêt incontournable qui fait automatiquement passer la journée au dessus de la barre des 100 miles. (160 km)

J’arrive au centre-ville à 11 hrs 30. Un coquet petit resto, Fries ‘R’ Us, ouvre ses portes au moment ou je passe. Je dégusterai une cheese burger, des frites absolument délicieuses et un milkshake vanille auquel ils ont accepté d’ajouter ma banane.

De retour sur la 11, une bonne montée m’attend. Pas facile avec l’estomac plein… par surcroît, elle en cache une autre. Toutes les montés ont été gratifiés d’un sourire. Pour certaines, plus corsées, un Ouh la la !!! le précédait. Peu m’ont fait glisser sous les 15 km/hr. Je détenais une moyenne de 29 km/hr avant d’entrer dans le rocailleux chemin d’accès pour le camping. Définitivement une de mes journée préférée!!!

Quetico / Thunder Bay Mardi le 25 juillet 2006
Température: 32 C
Trajet : 174 km Sur la 11 avec un virage sur l’autoroute 17/11 à Shabaqua Corner sur laquelle nous roulons jusqu’à Thunder Bay.
Distance parcouru : 174 km
Millage total : 3625 km
Sur la route : 6 h 25 min.

Sur la route dans les dernières. Je suis en charge du déjeuner. Durant les derniers jours, la tactique est de le servir au temps recommandé : 7 hrs. La majorité a déjà quitté. S’ils veulent prendre la route avec un déjeuner froid, c’est leur problème. Par surcroît, ce matin, c’est la panique. Cent soixante quatorze kilomètres à faire, un changement d’heure durant le trajet (+1) et on prévoit des orages en fin d’après-midi.

De mon côté, je n’ai pas vraiment de problème avec le trajet, sauf que ce sera fort probablement très chaud et humide en après-midi. Pour ce qui est de la possibilité d’orage, ce ne sont que des probabilités et nous couchons à l’université Lakehead, dans une chambre… avec un vrai lit !!! Il n’y a donc aucune chance qu’on monte notre tente sous la pluie. Encore une fois, je m’explique mal cette grande panique.

Peu après mon départ je retrouve Rudy sur la route. Avec une grosse journée à faire, c’est bon d’avoir de la compagnie. D’autant plus que le terrain devrait être plus doux qu’hier et, encore une fois, très peu d’endroits pour s’approvisionner.

Une trentaine de kilomètres plus loin, nous dépassons Graham, son dos le fait souffrir ces derniers jours. Nous l’encourageons à se joindre à nous et ajustons notre vitesse de croisière en fonction de lui.

Mon vélo rechigne encore. Je ne peux le monter sur le gros plateau avant. Ma manette bloque. Rudy revient pour essayer de régler le problème avec moi et invite Graham à réduire la cadence en attendant qu’on le rejoigne. Graham le remercie pour la route et continue son chemin. Voilà une attitude qui me dépasse, quand on roule en petit groupe et que quelqu’un a un pépin, le reste attend. Enfin c’est ma conception.

Le problème sera partiellement réglé et un bon repas nous attend un peu plus loin. Contre toutes attentes, tout au long du trajet, nous avons pu trouver de l’eau. À Shabaqua Corner, un garage ou Rudy a acheté du WD40 pour ma manette. À partir de ce point la route est très très achalandée et l’accotement minuscule. Pas évident.

À Kakabeka Falls (km 139), je me délecte d’un parfait au fudge chaud, brownies, arachides, crème fouettée et cerise. Un pur délice!!! Peu après, on arrive à la hauteur de Brett, qui marche en soutenant l’arrière de son vélo. Double crevaison, et il n’avait qu’un tube. Jamie est pourtant passé avant mais il portait son Ipod et il n’a pas arrêté. Je lui donne un de mes tubes et on reprend la route ensemble pour arriver à l’Université vers 5hrs sans recevoir une goutte de pluie.

Il y a eu mélange dans le nombre de chambres assignées. Plusieurs, moi inclus, n’étaient pas sur la liste. J’ai droit à une chambre privée sans frais supplémentaires avec un accès Internet dans ma chambre. Quel luxe.

Le souper a été servi dans une maisonnette attenante à l’Université. Pour dessert, tartes avec de la crème glacé. C’était absolument exquis. La vie est belle pour un cycliste au ventre plein. Merveilleuse pour un cycliste qui, de plus, a devant lui un jour repos!!!

Thunder Bay Mercredi le 26 juillet 2006-07-26

J’étais toute perdue ce matin quand je me suis réveillé dans un vrai lit. Pas de corbeaux! Il était tout de même tôt. Sept heures, heure locale, donc 6 h pour moi.

Toilettes et douche à quelques pas. Aucune bibitte à l’horizon : mouche, moustique, araignée. Pas d’humidité et surtout, surtout, pas de fermetures éclairs de tentes. Je m’étire doucement et traîne au lit.

Le petit déjeuner est pris à la cafétéria de l’Université. Plans pour la journée, visite des boutiques de vélos et localisation du meilleur endroit pour prendre un café et bouffer. Pas de mécanique, le camion est trop loin. Elle attendra à demain après-midi pour ses ajustements.

J’ai trouvé à peu près tout ce que je voulais en ville. Un pneu de remplacement au cas ou. J’en ai un mais c’est un 700 x 23 sur lequel j’ai un peu roulé. Ceux que j’ai installés pour le voyage (Hutchinson Top speed 700 x 25) vont tellement bien que je préfère avoir le même en cas de problème majeur. Je suis une des rares cyclistes encore vierge… de crevaison, et je touche du bois!

J’ai aussi pu trouver du supplément Amino Vital. Il remplacera le GU 2 O introuvable que je viens de terminer. Je crois que c’est meilleur. À cela s’ajoute un nouveau miroir, c’est mon troisième. Je tente ma chance avec un Cat Eye, mais je doute qu’il sera plus durable. Je me suis aussi décidée pour un sac qui s’installe juste derrière la tige de direction pour les collations sur la route. J’ai très peu de réserves (on pourrais écrire de gras) et mon niveau d’énergie descend rapidement quand la faim se fait sentir. Des collations vont peut-être aider. Ce n’est pas un gros investissement. On verra bien.

Côté bouffe je suis gâtée. Un magnifique petit café, le Calico. Le capuccino est exceptionnel. J’ai goûté aux scone bleuets amandes en matinée et au brownie en soirée. De purs délices. Devant un tel succès je me suis acheté deux morceaux de pain. Un aux bananes et aux bleuets et un second aux graines de pavots et au citron. Ce sera pour la route demain. Mon petit sac de collation sera bien garni.

La communauté Finlandaise a des racines très profondes à Thunder Bay. En 1918, le Restaurant Hoito ouvrait ses portes afin de fournir un repas décent à prix raisonnable pour les travailleurs des bois. Ce restaurant a toujours pignon sur rue et j’y ai dégusté un plat traditionnel : Lohiperuna Laatikko. Une casserole pomme de terre saumon avec un à côté de saucisses finlandaises. Délicieux.

Prête pour la route demain. Je n’ai pas encore vu la carte du jour… C’est l’heure du dodo… dans mon lit

Note: Peint sur les bord du comptoir du Café Calico, une phrase de Ralph Waldo Emerson qui m’interpelle : What lies behind us and what lies before are tiny matters compared to what lies within us.

Thunder Bay / Nipigon Jeudi le 27 juillet 2006
Température: 32 C
Trajet : 109 km Neuf kilomètres pour sortir de Thunder Bay et sur la 17/11 jusqu’à Nipigon.
Distance parcouru : 119 km
Millage total : 3745 km
Sur la route : 4 h 50 min.

J’ai eu une courte et mauvaise nuit. Le second groupe est arrivé en fin d’après-midi et ils ont été bruyants jusqu’à tard dans la soirée. Ce matin, c’est la pagaille. On ne sait pas trop où apporter nos paniers et nos sacs. Je deviens irritable quand les responsables ne font pas leur travail…

Quand je quitte enfin l’Université, c’est pour me diriger hors de la ville avec une carte incompréhensible. Ça me prendra 45 minutes et je n’ai jamais trouvé la route alternative. Je roule donc toute la journée sur la 17/11, une autoroute qui n’est vraiment pas accueillante pour les cyclistes. À deux reprises j’ai été prise très serrée entre un fardier et la fin de l’accotement. La première fois en entrant sur un viaduc. Un camion avec ses deux remorques a du passer à six pouces de moi. L’attitude du second est incompréhensible. Sur un kilomètre de belle route droite avec 2 voies de mon côté et une en sens inverse, aucun autre véhicule en vue, il est demeuré sur la voie de droite et m’a presque projeté dans le gros gravier! Wayne Groszko - Velo

Tout de même, la route est plus belle que prévue. On s’attendait à des travaux majeurs mais une grande partie du trajet a déjà été refait et l’accotement est souvent excellent et large. Mais, on est au milieu de nulle part. Je prévoyais faire un arrêt à Dorion et entrer dans le village. Deux gros restaurants, un de chaque côté, rien d’invitant. Je continue ma route dans l’espoir de trouver l’entrée du village un peu plus loin, sans succès. J’apprendrai plus tard que la ville n’a plus qu’environ 400 habitants éparpillés sur des terres. C’est une ville sans âme!

Fort heureusement, j’avais pris une petite pause dans une aire de repos un peu plus tôt à Pearl. J’y ai rencontré Wayne Groszko. Il traverse le Canada, en sens contraire, seul, mais sur un tandem avec une remorque. Le but de son périple est d’amasser des fonds pour la recherche sur la maladie de Huntington. Sa mère en souffre. Il est parti de St-John’s le 28 mai et prévois arriver à Victoria le 20 septembre. Il prend, à l’occasion, des passagers sur son tandem. Son site Internet est le www.huntingtontour.ca. Je vous invite à y jeter un coup d’oeil.

Le vélo et sa remorque pèsent le même poids que lui, 70 kilos. Il m’explique que c’est très lent dans les montées mais que les descentes sont extrêmement rapides. Avec un tel poids, je n’en doute pas!

Le manque de sommeil a rongé mon énergie toute la journée. Au 2/3 du parcours, je dormais presque sur mon vélo avec un battement cardiaque au dessous de 100. Arrivée au campement, j’ai quand même trouvé la force de nettoyer et ajuster mon vélo mais il ne me restait plus d’énergie quand je suis entrée dans ma tente.

Nipigon / Terrace Bay Vendedi le 28 juillet 2006
Température: 28 C
Trajet : 113 km Sur la 17, le long du lac Supérieur. Nous traversons les villages de Gravel River, Rossport et Scheiber.
Distance parcouru : 110 km
Millage total : 3856 km
Sur la route : 4 h 35 min.

J’ai passé une excellente nuit. Hier soir, vers 9h15, je ne pouvais même plus garder les yeux ouverts pour taper mon journal. J’ai tout fermé et je me suis couchée. J’ai du m’endormir en mettant ma tête sur l’oreiller pour me réveiller à 5 hrs. Je ne croyais pas pouvoir me rendormir. La pluie sur ma tente m’a réveillé à 6h30.

Le temps s’est dégagé pendant le déjeuner. Je suis parte dernière. C’est une petite journée, il n’y a pas de presse.

Quelques kilomètres après Nipigon, je quitte la 17/11 pour m’engager sur la 17. La route est très belle, l’accotement spacieux et la circulation beaucoup moins dense. La température est idéale; fraîche, vent faible. Dans le fond, je me dis qu’il ne me manque qu’un petit resto sympathique çà et là et ce serait la perfection. Et bien, demandez et vous recevrez!

Premier arrêt, Gravel River (km 50). Pas très inspirant comme nom. Je décide tout de même de m’arrêter au seul resto, ne serai ce que pour quitter le siège de mon vélo. Au moment où j’effectue mon virage, Rudy sort en trombe pour me crier qu’il y a des pâtisseries fait maison. J’opte pour une croustade, fraises rhubarbe. Absolument délicieuse, pas trop sucrée, servie avec de la vraie crème fouettée. Je n’ai pu résister à une seconde portion. Lac Supérieur - Velo

Me revoilà sur la route. Elle longe le Lac Supérieur. La vue est impressionnante. Une montée se dessine dans une courbe et, je ne sais pour combien de courbes consécutives, elle continue… et puis, c’est la décente. La plus longue depuis la Colombie Britannique. La vitesse maximale a été obtenue dans la finale après un faux plat descendant ou j’ai pédalé avec force pour conserver mon accélération. Je me suis engagée dans cette descente abrupte à 46 km/hr et j’ai atteint 68 km/hr. J’ai travaillé ma position de recherche de vitesse pour dépasser les 70, rien n’y a fait. Je suis loin de mon record!

De retour sur le plat, je me dis que la première croustade est passée. Avec une seconde montée, la deuxième ferait de même. Et bien, je fus exaucée. Une montée rectiligne et interminable, en plein soleil. La descente, en plateaux, est moins grisante que la première.

Second arrêt, Rosspoint. (km 74). C’est un petit détour. J’effectue le virage, m’arrête sur le bord du chemin, hésite. Je n’ai pas vraiment faim mais la feuille de route indique que la vue sur le lac vaut le détour. Je ne suis pas à quelques kilomètres près. Au centre du village, les vélos de tous ceux qui me devançaient sont devant un restaurant. De toute évidence un arrêt s’impose.

À peine entrée, je vois un de mes compagnons de route attablée devant une délectable assiette de shortcake aux bleuets (je n’en crois pas mes yeux, des bleuets sauvages!!!) coulis de bleuets et crème fouettée. Quand on vient du Saguenay, on n’a pas besoin d’avoir faim pour manger des bleuets. Je m’installe, le menu est concis mais intéressant. Il serait logique de ne prendre qu’une soupe et un dessert, mais je vois passer le sandwich ouvert, saumon fumée, fromage de chèvre et salade césar. Je ne peux résister, et ce sera un excellent choix. Il était meilleur que celui de Field, fondant, pas trop salé, absolument délicieux.

J’ai quoté le shortcake aux bleuets 10 sur 10. La perfection. Je me suis délectée et j’ai dû me retenir pour ne pas lécher l’assiette!!!

Cette petite ville à tout pour plaire. Histoire de laisser passer un peu de temps avant de reprendre la route, j’ai visité une boutique qui contenais des pièces d’artistes que je connais et un potier, installé sur une île, à la sortie de la ville.

Après un terrain plat pour une dizaine de kilomètres, les dénivelés sont revenus, moins longs mais quand même. Je suis arrivée au campement vers 16 hrs. Ce fut une magnifique journée.

Terrace Bay / White River Samedi le 29 juillet 2006
Température: 24 C
Trajet : 157 km Sur la 17 avec un détour optionnel à Marathon.
Distance parcouru : 141 km
Millage total : 3996 km
Sur la route : 5 h 45 min.

Je savais, en installant ma tente hier, que mes chances de dormir jusqu’à 6h étaient nulles. Le seul endroit ombragée libre à mon arrivée tardive est près du camion et entourée de deux lèves tôt. Effectivement, à 5 hrs 30, les fermetures éclairs se font entendre. La pluie commence à 6 hrs, à 6 hrs 30, c’est terminé mais le temps est frais, très frais. Comble du malheur, ce matin, aucun déjeuner chaud ne sera servi. Lac Supérieur - Velo

Au départ, je réalise rapidement que je ne suis pas assez vêtue. J’avais oublié comment le froid pouvait m’affecter. Mon indice de masse corporelle est au dessous de la normale. Je me dois quand même de spécifier qu’il est considéré comme acceptable si je n’ai pas à restreindre mon apport calorique pour maintenir mon poids. Ceux qui ont suivi mon journal sont sûrement à même de constater que je mange beaucoup, et sans restrictions…

Revenons au vélo : le vent glacial arrive de face. Je prie pour une montée importante et elle se fait attendre. Ça me prendra une quinzaine de kilomètres avant d’avoir un semblant de réchauffement au niveau du torse, 15 de plus pour le reste du corps. Je suis lente et inefficace. Mon battement cardiaque ne dépasse pas les 130. La journée s’annonce longue et ardue.

Je m’arrête au premier restaurant pour déjeuner. Il est loin d’être bon mais, il me réchauffe et, pendant que je suis assise à l’intérieur, le soleil monte et la température grimpe un peu. Quand je reprends la route, je me sens mieux. Les montées se présentent régulièrement et, pour les descentes, le vent me ralentit tellement que je m’installe rapidement tout recroquevillé en position de recherche de vitesse pour me garder au chaud et prendre un soupçon d’accélération.

Je décide de ne pas faire le détour optionnel. C’est en fait une dîner pour souligner la moitié de la traversée. Et bien oui, nous avons déjà fait 36 jours et demie sur 73!!! Comme vous avez pu le remarquer, j’ai tout près de 4000 kilomètres sur mon odomètre.

Peu après Marathon, Mélissa et Bob, les super lèves tôt me rejoignent. Ils s’assoient dans ma roue un moment, attendent un plat, me dépassent et Bob m’invite à les joindre. Quelle surprise! Il a un petit côté compétitif et il sait que je le bats dans les montées. Je m’installe à l’arrière, plus surprise qu’autre chose et attend la rotation. Après 4 kilomètres, je me pointe en avant pour lui demander ce qui se passe. Il m’annonce qu’ils ne font pas de rotation. Mélissa ne va pas à l’avant. Je ne resterai sûrement pas à l’arrière. Je fais les deux premières rotations avec lui et Mélissa fait son temps à l’avant par la suite. Nous roulerons ainsi jusqu’au campement. Pour cette partie du trajet le terrain était plus plat et le vent très insistant; situation parfaite pour travailler en équipe. Ils étaient faciles à suivre. Seul avec Bob, je sens que ça aurait été une autre histoire. Nos sommes arrivés les premiers au campement. J’apprends, à mon arrivée, que seulement trois cyclistes se sont rendus au dîner.

White River / Wawa Dimanche le 30 juillet 2006
Température: 30 C
Trajet : 157 km Sur la 17 qui traverse White River.
Distance parcouru : 128 km
Millage total : 4124 km
Sur la route : 5 h 05 min.

À la sortie de la tente, il est évident que j’aurai une seconde chance pour trouver les vêtements appropriés pour faire face au froid. C’est surprenant comment quelques pièces font une grosse différence. Un sous vêtement à manches courtes (couche numéro 1) de Craft, des rallonges pour les bras et des bas de laine. Le vent n’était peut-être pas aussi glacial qu’hier mais j’étais parfaitement confortable.

Ce fut une journée tranquille. Aucune photo. Un terrain vallonné, même quelques parties en montagnes russes mais aussi de longs droits avec un vent de face. Très peu de possibilités d’approvisionnement. En gros, la forêt et quelques lacs, rivières et marais.

Tant mieux, je n’ai qu’une tâche aujourd’hui; rendre la vie facile à Rudy. Il a été malade toute la nuit. Probablement quelque chose qu’il n’a pas digéré. Il a à peine pu manger avant le départ mais il a réussi à avaler un déjeuner complet à White River. (km 40)

Je m’installe devant et lui laisse la place quand il la veut. On s’arrête régulièrement. Il décide de la vitesse de croisière. Pour les montées en série, je garde mon tempo et l’attend en haut. Quand il est en avant, je ne le dépasse pas et je prends un rythme lent en montant sur les pédales.

Tout considéré nous maintenons quand même une moyenne raisonnable et arrivons à Wawa vers 15h. Il est brûlé. Mike s’offre pour le remplacer à la cuisine. Il accepte. Je m’étais offert mais je suis bien contente de ce revirement. Je suis tout aussi brûlée. La journée a été longue et j’ai passé beaucoup de temps à l’avant.

Wawa Lundi le 31 juillet 2006

Couchée à 23 hrs, après une veillée autour du feu, je ne sort de la tente qu’un peu avant 8 hrs ce matin. Un orage a commencé vers 6 hrs je me suis rendormie e,t à 7 hrs 45, la pluie tombe toujours. Par obligation, je sort de la tente peu avant 8 hrs, l’heure officielle du déjeuner servie par Mike, notre chauffeur de camion.

Je participe au service. Hier, j’ai localisé une talle de champignons sauvages et j’ai promis des omelettes à qui aurait le courage. (J’ai suivi plusieurs cours de mychologie et je fais partie de l’Association des Mycologues de Montréal) Finalement, j’ai passé plus d’une douzaine d’œufs et une bonne livre de champignons. Ils ont adoré. Tout le monde est encore vivant et … lucide!

Seconde responsabilité. Grand nettoyage du vélo, rotation des pneus et ajustement du dérailleur avant. J’ai laissé ceux qui avaient des travaux mineurs passer devant moi, ce qui n’a pas empêché les remarques sur la quantité de temps que je dédie à ma monture.

Ils avaient peut être raison pour aujourd’hui. L’ajustement du dérailleur a été fastidieux. Je n’y arrivais tout simplement pas jusqu’à ce que le câble saute et que je réalise que le dérailleur était un peu trop bas et légèrement en angle. J’ai repris le tout à la case départ et, en quinze minutes, c’était réglé, mais mon après-midi était sérieusement entamée.

À une exception près, tout le monde est parti en ville, le soleil et une forte humidité s’installent et, j’ai simplement décidé de demeurer au campement pour… et bien oui, encore…mettre à jour mon journal!. C’est une responsabilité qui me demande plus d’efforts qu’anticipés mais je suis bien heureuse de le voir quand je vérifie les entrées sur le site!

De retour de la ville, on me confirme que je n’ai rien manqué, que la bibliothèque est fermée (donc, pas d’ordinateur disponible) mais qu’au centre d’information touristique, à trois kilomètres du campement, en haut d’une montée, il y a un ordinateur que je peux utiliser. Et hop sur mon vélo, il est 16 hrs 45, je crains qu’ils ferment leurs portes à 17 hrs. Je n’ai pas travaillé pour rien, je passe et transmet, je suis à jour avant le départ d’un long bloc de 8 jours de route qui commence demain.

Je ne verrai pas la ville de Wawa. J’ai soupé au campement avec Doug et Rudy. Ils ont acheté un rôti de porc sauce aux pommes précuit, haricots jaunes et ris, agrémenté d’une autre sélection de champignons sauvages. C’était délicieux.

J’ai profité de la soirée pour reprendre contact avec des membres de l’autre groupe qui sont arrivées en fin d’après midi… et voilà une autre journée de congé de passée. Demain, de retour sur la route. C’est une grosse journée et je cuisine le souper!


Wawa / Pankake Bay Mardi 1er août 2006
Température: 28 C
Trajet : 156 km Sur la 17 qui traverse le Parc Provincial du Lac Supérieur et Montreal River jusqu’au Parc Provincial de Pancake Bay.
Distance parcouru : 155 km
Millage total : 4279 km
Sur la route : 6 h 10 min.

La levée du corps a été difficile. J’ai très mal dormi. La nuit n’a pas apportée la fraîcheur tant attendue. Il est 7 hrs 30 et le temps est couvert. Je suis une des dernières cyclistes à quitter le campement. Il y a tous lieux de penser que la journée ne se passera pas sans pluie. Lac Supérieur - Velo

Contre toute attente, j’ai la patte vigoureuse. Sans soleil, le temps est relativement frais mais très humide. Pendant les deux premières heures, la circulation est minimale. Je longe le Lac Supérieur… encore… il est immense. J’apprendrai, en visitant le Centre d’Interprétation du Lac Supérieur, que c’est le plus grand lac d’eau douce au monde. C’est le plus profond des grands lacs. Il contient plus d’eau qu’il n’en faut pour tous les remplir.

Mais, au moment de mon passage sur la route, tous ces faits sont bien loin de mon esprit. Malgré le temps menaçant, je m’émerveille à la chance que j’ai de pouvoir vivre cette grande aventure. Il y a tant à voir, entendre, sentir, rouler, vivre en une seule journée et, aujourd’hui, j’ai le privilège de côtoyer ce lac majestueux.

De toute la journée, je ne recevrai que quelques gouttes de pluie. Le parcours me plait, il contiens beaucoup de montées et, en bonus, deux très longues descentes; la première en sortant de Wawa, la seconde, longue de trois kilomètres, avant d’arriver à Montreal River. La vue pendant cette dernière descente était à couper le souffle. Désolée, pas d’arrêt photo dans le feu de l’action!

Vers la fin du trajet, je voulais prendre une pause sur le bord de l’eau mais les nuages me disaient : continue ton chemin. Je suis arrivée la première au campement et j’ai pu planter ma tente avant la pluie. Seulement Brett et Graham ont pu faire de même. Le reste du groupe a eu droit au déluge et à l’installation à la pluie battante.

Le souper fut délicieux. Fettucini Romano auquel j’ai ajouté des crevettes, des oignons verts et du brocoli. Riche et onctueux. Tout le monde a mangé à sa faim et c’est tant mieux, demain est encore une grosse journée et les prévisions météorologiques ne sont pas encourageantes.

Pankake Bay Thessalon Mercredi le 2 août 2006
Après la pluie... - Velo Température: 18 C
Trajet : 167 km Sur la 17 qui traverse Heyden, Garden River, Echo Bay, Desbarats et Bruces Mines avec une option contenant beaucoup de dénivelés sur la 638.
Distance parcouru : 159 km
Millage total : 4438 km
Sur la route : 6 h 15 min.

La journée commence sous un ciel gris. Après déjeuner, la pluie commence. Je prends la route bonne dernière. Iona me demande si elle peut m’accompagner. Pas de problème, ce n’est pas une journée pour être seule.

J’ai sorti mon équipement pour la pluie à la dernière minute et, sur la route, j’ai rapidement réalisé qu’il me manquait une couche près du corps pour évacuer l’humidité et me tenir au chaud. La pluie est souvent forte, le vent, glacial, souffle de face et les camions nous aspergent régulièrement. Je prie pour une montée importante et je suis rapidement exaucée. Iona ne suit pas. Je ralentis en haut et fait face au même problème : j’ai froid. Ce sera, en gros, ma plus grande inquiétude de la journée. Je n’ai pas l’intention de laisser Iona derrière et, du fait que je ne roule pas avec régularité, je ne peux maintenir ma température corporelle. Ma seconde inquiétude, c’est les camions et l’immense déplacement qu’ils causent sur la chaussée trempée. Quand l’accotement est mince, ils passent tros près et rouler devient très dangereux.

Les arrêts sont particulièrement difficiles à gérer. Je reprends la route avec des tremblements et, à chaque fois, attend avec impatience qu’une montée me réchauffe. Une chance que je ne suis pas dans les prairies!

Je suis toujours à l’avant. J’ai décidé de ne pas prendre l’option avec des dénivelés. Iona n’aurait pas suivi et ce n’est pas un temps pour s’amuser. J’étais trop concentré sur la route pour pouvoir apprécier le paysage. Plus de 6 hrs à rouler, c’est énorme dans ces conditions et la fatigue se fait très sérieusement sentir au dernier tiers du parcours. Malheureusement, c’est là que les montées s’enlignent les unes après les autres! Lac Huron - Velo

Il ne nous reste que 5 km à faire quand le soleil sort. Ça ne prend que quelques minutes avant de me sentir comme dans un sauna sous mes habits de pluie. Contre toute attente, nous installerons nos tentes sous le soleil, devant le lac Huron.

Nous apprenons qu’un cycliste, qui en était à sa troisième traversée du Canada, a été tué hier sur la route que nous emprunterons demain. Rien pour nous rassurer. Espérons que la température demeurera clémente.

Thessalon / Massey Jeudi le 3 août 2006
Température: 26 C
Trajet : 130 km Sur la 17 qui traverse, entre autres, les villages de Iron Bridge, Blind River, Serpent River et Spanish jusqu’à Massey où se trouve le Parc Provincial Chutes.
Distance parcouru : 159 km
Millage total : 4577 km
Sur la route : 5 h 25 min.

Je me suis endormie avec les son des vaques qui lèchent le rivage et réveillé par… le cliquetis des pôles de tentes. Je ne sais pas ce que je ferai à mon retour à la maison sans ce bruit familier.

Pourquoi faut-il traverser des temps difficiles pour pleinement apprécier ce que l’on a ? Ce matin, le ciel me semble plus bleu que d’habitude et particulièrement beau avec ses petits nuages clairsemés.

La journée s’annonce bien. Seulement 130 km à faire. Le temps est sec et frais et le vent est, pour l’instant, inexistant.

Je quitte après le déjeuner chaud, les jambes encore meurtries par les deux dernières longues journées que je viens de traverser. Pas de montées à l’horizon pour les premiers 10 km. Je commence à m’inquiéter, d’autant plus que, sur la carte du jour, on indique que le terrain est facile. Pour moi, c’est mauvais signe! Serpent River - Velo

Finalement, une montée qui est à l’image de ce qui m’attend, à quelques exceptions près. Rectiligne et pas très accentuée. Elles se feront au dessus de 20 km/hr. Entre les montées, je me la coule douce. Le pavé est généralement très beau et l’accotement raisonnable. La circulation est cependant encore dense et les poids lourds sont omniprésents. On s’habitue, d’autant plus que sans la pluie, ils sont moins menaçants.

Lors de mon passage à Iron Bridge (km 32) j’ai eu une pensé pour le cycliste qui a quitté ce monde avant hier. C’est arrivé à la fin d’une voie double, à la sortie de la ville. L’accident est décrit dans le journal local. L’impact a été très violent. Il n’avait aucune chance.

À Serpent River, un vétéran du Tour, Bill Gallacher, nous attend avec une collation. Il porte son jersey blanc et rouge et nous siffle au passage. Cette expérience l’a marqué et, depuis qu’il a déménagé à Eliot Lake, chaque année, il se fait un point d’honneur d’accueillir les cyclistes du Tour.

Je déniche une bibliothèque municipale à mon entrée à la ville de Massey. Le camion n’est pas encore au camping et j’en profite pour répondre à mes courriels. Quel luxe!

La soirée sera tranquille. Tout le monde est en mode récupération. La carte de demain est sortie et on promet une journée courte mais difficile. Beaucoup beaucoup de montées !!!

Massey / Manitowaning, Vendredi le 4 août 2006
Température: 24 C
Trajet : 111 km Sur Lee Valley Road et la 6 qui traverse Whitefish Fall, Birch Island, pour atteindre l’Île de Manitoulan. De là nous traversons Little Current et Shequiandah. Le campement se situe à quelques kilomètres avant Manitowaning.
Distance parcouru : 114 km
Millage total : 4691 km
Sur la route : 4 h 35 min.

J’ai passé une excellente nuit, loin du camion et des lèves tôt. Je suis sortie de ma torpeur par moi-même. Il est 5hrs 45, je repense aux écrits de la feuille de route : "A relatively short day, but terrain is hilly past Espagnola and it will not be an easy ride." Vais-je enfin connaître les montées du nord de l’Ontario dont on m’a tellement parlé et qui devraient me faire entrer sur le petit plateau avant?

Je pars après un bon déjeuner, prête à tout. J’ai 30 km à faire avant d’arriver à Espagnola. À partir du village de Massey, je m’engage sur une route secondaire avec des sections de gravier et remonte jusqu’à Lorry. Nous roulons côte à côte en discutant de notre philosophie de la vie. Quand la route tourne au gravier, je la devance. Notre rythme lent est interrompu à trois reprises par des chiens. Deux pour elle et un pour moi. Je vous le jure, quand on voit arriver, au grand galop, un gros chiens aux babines baveuses et aux crocs sortis, on pédale comme si on a la mort aux trousses. Ils ont fait mordre la poussière à quelques cyclistes depuis notre départ.

Arrivée à Espagnola, Lorry décide de passer dans le village. Moi, je ne tiens plus en place, mes mollets s’impatientent. Je m’engage sur la 6 pour apercevoir la première montée. Intéressante, pas très prononcée mais courbée au bout… me voilà partie.

Au début du parcours, j’ai peine à gérer mon énergie. Je ne maintiens pas le rythme que je m’impose en début de montées et je grimpe sur les pédales trop tôt dans les finales. Je me calme après quelques kilomètres. Pas de doutes, ce sont des "rollings hills", Il faut déguster! Vieille grange - Velo

Sur les 10 premiers kilomètres, la route est en mauvais état et l’accotement mince. Je me dis que rien n’est parfait et, tout à coup, un magnifique pavé refait avec un large accotement se présente. Je suis au paradis!!!

J’ai peine à trouver les mots pour vous faire pleinement comprendre le plaisir intense que j’ai à rouler sur ce trajet. Cette sensation de faire corps avec son vélo et de voler sur la route. Chaque descente me donne un coup d’envoi pour la montée à venir que je finis fréquemment sur mes pédales à pousser et tirer avec force. Battement cardiaque : 160… et une autre descente, assez importante pour que je m’installe en position de recherche de vitesse, histoire de faire descendre un peu mon battement cardiaque, et on remonte. Plein de courbes, pratiquement pas de plats. L’idée de prendre une photo m’a traversé l’esprit mais je l’ai rapidement fait disparaître. Aucune image statique ne peut avoir le potentiel de vous aider à comprendre le plaisir intense que procurent ces séries de dénivelés. Trente cinq kilomètres plus loin, tout est fini.

Un pont tournant nous amène à l’Île de Manitoulin. C’est la plus grande île au monde qui est entourée d’eau douce. J’ai passé deux bonnes heures dans le coquet petit village de Little Current à profiter de la vie. Un peu de magasinage, bonne bouffe, bon expresso, deux desserts.

La route vers le campement est relativement douce, la vue magnifique, d’un côté, l’eau, de l’autres, des fermes qui ont connus des jours meilleurs. Le bétail dans les champs me fait saliver… Je manque de viande!

Arrivée au campement, j’apprendrai que Jamie a eu la vie dure. La majorité de l’équipe s’est arrêtées au Tim Horton d’Espagnola pour un café. Rudy est parti en espérant me rejoindre. Quand il a passé Jamie, le plus jeune de notre groupe, il lui a demandé : C’est tout ce que tu as dans le corps? Le défi était lancé. Il a fait les "rollings" en grande partie derrière Rudy; il ne pouvait prendre la tête sans ralentir. Son battement cardiaque a grimpé à 186. Rudy affirme que le siens n’a pas dépassé 164. Ils ne m’ont jamais rejoint. Jamie n’en mène pas large ce soir!

Manitowaning / Tobermory Samedi le 5 août 2006
Température: 28 C
Trajet : 42 km Sur la 6 juqu’à South Baymouth et par traversier jusqu’à Tobermory.
Distance parcouru : 46 km
Millage total : 4691 km
Sur la route : 1 h 30 min.

Cette petite journée, sixième d’un bloc de huit, est considérée comme un jour de congé. Tant mieux, la nuit à été courte, le terrain de camping était très bruyant et nous devons nous lever très tôt afin de permettre à Mike de partir à 7 hrs avec le camion pour arriver tôt au traversier. Nous avons 36 km à parcourir pour s’y rendre, 6 de plus pour atteindre le camping. Une route sans défis, peu passante en matinée mais très occupée en après-midi.

Je prends la route seule, aucune presse. Mélissa et Bob me dépassent doucement. Je les laisse continuer à leur rythme, conserve le mien et, un faux plat montant se présente. Lentement, je me rapproche… intéressant! Du terrain plat, la distance s’installe. Une légère montée, je les rejoints presque. Ni eux ni moi ne forçons la cadence. Je suppute que c’est seulement le fait que, quand le terrain monte, pour moi, certains muscles complémentaires s’activent, pas pour eux. Hum! Ce serait génial si ces muscles pouvaient demeurer actifs en tout temps. Je tente de tirer plus dans les plats mais ça ne vient définitivement pas naturellement. Maple Grove farm - Velo

Finalement, je les dépasse doucement dans une montée plus importante. Mélissa ne bronche pas, Bob s’installe derrière. Son petit côté compétitif revient à la charge. J’entend sa respiration difficile et maintiens la cadence; il décolle. Bob est très fort, probablement second après Rudy mais, comme lui, c’est un rouleur, pas un grimpeur. Il restera derrière jusqu’à la fin du trajet.

Après un bon moment dans le village de Tobermory je décide de me rendre au campement. Parfait minutage, on décharge le camion. À 14 hrs, la tente est montée, la douche est prise et je déguste une Royal Extra Stout, importée de Guadeloupe, achetée à la LCBO. Excellente!

Le temps est magnifique. Le campement est presque désert. Sous un bon couvert de feuillus, les oiseaux vocalisent. Je réalise combien la solitude me manque. Pour moi, gérer la vie de groupe n’est pas toujours facile. De petites cliques se sont formées et je ne m’identifie à aucune. De plus en plus, je m’installe en retrait. Je suis ici pour acquérir de l’expérience et de l’assurance comme cycliste afin de pouvoir voyager solo autonome. C’est fait, des plans se dessinent…

Une petite sieste d’après-midi compensera pour ma courte nuit et je me dois par la suite de faire face à mes responsabilités. Que serait un jour de congé sans le nettoyage et la vérification de mon vélo?

Tobermory / Owen Sound Dimanche le 6 août 2006
Boîte aux lettre patriotique - Velo Température: 30 C
Trajet : km Sur la 6 juqu’à Lindsey Road, la 9 jusqu’à Wiarton. Finalememt, la 1 nous amène à Owen Sound.
Distance parcouru :133 km
Millage total : 4871 km
Sur la route : 5 h 30 min..

Et bien, mes écrits d’hier deviennent de plus en plus pertinents. Ce matin, je me suis réveillée à 6 hrs. À 6 hrs 55, tout mon équipement était rangé et je passais par le camion avant de me rendre aux toilettes. On m’informe que c’est le dernier service pour le déjeuner chaud. Dans la poêle, un amalgame d’œufs brouillés déjà trop cuits. Non merci!

Je reviens au camion 10 minutes plus tard, on m’a laissé deux cuillérées de ce mélange caoutchouteux. Je veux bien croire que, s’il était passé 8 h, c’est tout ce que je mériterais mais, il n’est que 7 hrs 5 et le déjeuner doit techniquement servi entre 7 et 8 hrs. Aucune excuse. Ce n’est pas une grosse journée, la température est excellente et il reste des oeufs dans le frigo.

Je fulmine, nettoie la poêle et repart à zéro. Pain rôti et oeufs au plat. Je mange seule pendant que l’équipe du repas s’affère autour de moi pour tout ranger. Oh que je ne suis pas impressionnée! Ceux qui me connaissent savent que je suis totalement transparente. Quand je suis en "tabarnac", c’est clairement visible.

Je prends la route en dernier. Rapidement, je me retrouve au paradis. Le plaisir de rouler efface rapidement ma frustration. Le terrain est généralement montant. Les "rolling hills" promises entre Barrow Bay et Wiarton ne sont que des montées rectilignes à plateaux. Le vent, assez fort, est de face et le temps est chaud et humide. N’empêche que je suis bien! Wiarton - Velo

Mon arrêt de la journée a été pris au Green door café de Wiarton. Ce fut une longue et délicieuse pause. Personne à l’horizon, si ce n’est que Lorry et Graham, en charge de la cuisine ce matin, qui font semblant de ne pas me voir.

En fin de parcours, j’ai manqué d’eau. J’ai traversé deux villages sans services. Je cherchais une maison avec des gens à l’extérieur pour leur demander de remplir mes bouteilles. Pas âme qui vive à l’extérieur malgré le fait que, bien souvent, il y avait des voitures dans l’entrées. Le temps est chaud mais, quand même, que font-ils tous en ce beau dimanche ensoleillé???

Finalement j’obtiendrai de l’eau dans un bureau de vente pour des maisons en construction. Ouf, quel soulagement! Les derniers 25 km se feront en douceur, à observer les boites aux lettres… aucune presse d’arriver au campement!

Owen Sound / Alliston Lundi le 7 août 2006
Température: 26 C
Trajet : 166 km En gros, sur les routes 18, 29, 22A, 12, 30, 13, 4, 2, 10, 23, 9, 13, 5, 15, 89…
Distance parcouru :165 km
Millage total : 5037 km
Sur la route : 6 h.

Une merveilleuse journée! Mon ombre me suit encore... - Velo

Je me suis levée de très bonne heure, assumant mon choix d’hier de piquer ma tente tout près de celle d’un couple de lèves tôt extrêmes. À 7 hrs, je suis sur la route, il n’y a pas de déjeuner chaud ce matin. Tant qu’à être debout, autant profiter de la fraîcheur matinale.

La feuille de route promet un premier 65 km difficile. Je suis prête à tout. La nuit dernière, mon sommeil a été interrompu par des périodes de réflexions. La frustration qui s’est installée depuis les derniers jours s’estompe. Je suis ici pour profiter pleinement de cette expérience et c’est ce que j’entends faire. Les petits inconvénients de la vie de groupe ne sont que futilités!

La matinée, la route, le temps, tout est parfait. Nous nous dirigeons vers Alliston, terre d’attache de l’organisateur, Bud Jorgenson, et ça se sent. L’itinéraire est détaillé. La journée a été remplie de routes tranquilles, de paysages changeants, de beaucoup de dénivelés, dont quelques montées importantes et de merveilleuses descentes toutes en courbes. Et non, je n’ai pu dépasser les 70 km/hr. Soixante neuf point six a été mon maximum pour la journée mais, j’ai dû freiner à quelques reprises, je ne pouvais voir assez loin devant dans les courbes accentuées.

L’arrêt principal s’est fait, tel que recommandé, à Greemore. J’ai pu y déguster un petit échantillon de bière d’une micro brasserie locale et prendre un bon repas à la Boulangerie / Café du village.

Je suis arrivée au campement peu après 14 hrs. Le temps de monter ma tente et d’apprendre les dernières nouvelles (on va changer de chauffeur) je repars en ville en quête de bière et d’une bonne portion de VIANDE ROUGE. Je suis en charge du repas ce soir et Lloyd, un de mes assistants, a insisté pour que l’on serve les perogies au menu. J’ai refusé de les cuisiner. Ce n’est pas un repas assez consistant pour clôturer une journée de 100 miles! The way - Velo

Je me suis dénichée une belle pièce de bœuf bien épaisse, des asperges et des petites patates nouvelles. Bien surprise d’apprendre que le "Beer Store" est ouvert en ce jour de fête pour les Ontariens, j’y suis passée pour acheter cette bière dégustée à Creemore et, quelle ne fut pas ma surprise de voir, sur l’étagère, de la Maudite!!! Une chance que j’ai apporté mon sac à dos.

De retour au campement, je passe à la douche, revient m’asseoir avec le groupe, une Creemore à la main. J’ai trop soif pour pleinement apprécier la Maudite. Après un moment, je baisse les yeux et, qu’est ce que j’aperçois, par terre, presque caché sous un sac à dos? Une bouteille de Maudite vide. Où est le coupable? Il y en a deux!!! Isabelle Sheardown et son conjoint, Keith McEwen, des vétérans du Tour (2000) qui demeurent à Alliston sont venu nous visiter. Connaissant les habitudes, ils sont allés dans la glacière, payé les deux dollars requis par bière et ont trouvé que c’était toute une économie pour de la Maudite. On a bien ri. Je ne peux que m’incliner devant leur bon goût. Ils m’ont promis de m’en ramener demain!

Le souper était absolument délicieux. J’ai mangé en retrait, me sentant un peu coupable. J’ai fait goûter à qui voulait un échantillon. La viande rouge ne fait pas souvent partie de mon menu, mais j’étais définitivement en manque. Je me permets d’espérer que ce repas va m’aider à cesser de regarder le bétail dans les champs comme des pièces de viande!

Alliston Mardi le 8 août 2006
Température: 26 C

La grande paix. Nous ne sommes que six au campement ce matin. J’ai ouvert les yeux à 8 hrs15. J’ai promis des crêpes aux bananes pour déjeuner et il se fait tard! Le temps est frais et sec. On dirait presque une journée d’automne mais, il est trop tôt. Isabelle et Keith et, la caisse de Maudite... - Velo

Le déjeuner est apprécié. Plans pour la journée : me la couler douce. D’autant plus que je préfère demeurer près des toilettes. J’ai bu énormément d’eau à mon arrivée hier avant d’apprendre qu’elle était douteuse. J’ai du me résigner à prendre un comprimé d’imodium ce matin et je suis toujours en attente des résultats.

Le camion est parti pour son entretien mécanique. Tout ce que j’ai est dans ma tente. C’est une bonne occasion pour faire le grand ménage de mes paniers. Une mise à jour de mon journal s’impose et, et si mes intestins se stabilisent, piscine et jacuzzi seront aussi au menu! Je prévois souper en ville, seule. Les gars vont dans un restaurant de grande chaîne. Ça ne m’intéresse pas.

En début d’après midi, Isabelle et Keith repassent au campement avec une caisse de Maudite. Me voilà bien équipée. Je ne sais pas trop si je vais pouvoir en prendre les journées ou je roule, elle est un peu trop forte en alcool.

Isabelle m’a invitée à son bureau pour que je puisse transmettre les derniers comptes rendus de mon journal. Quelle gentillesse. Elle m’a recommandé un petit resto sympathique. J’ai pu y déguster un des meilleur Tempura à vie. Malheureusement, le chef garde sa recette précieusement.

De retour au campement, le second groupe est arrivé. Rencontre générale. Grand questionnement existentiel sur les raisons du remue ménage des chauffeurs. La raison officielle ne semble pas plausible mais, que peut on faire? On verra bien ce que l’avenir nous réserve. Je plains le chauffeur qui remplacera Mike. Il aura beaucoup à faire pour être à la hauteur. Ce n’est pas que Mike était parfait, mais il était très attentionné et faisait de son mieux! Il nous manquera énormément.

Alliston / Darlington Mercredi le 9 août 2006
L'arbre à espadrilles (a été mis au pas!)... - Velo Température: 24 C
Trajet : Une journée pleine de virages sur des routes secondaires. But principal : éviter la circulation dense qui entoure la ville de Toronto.
Distance parcouru :132 km
Millage total : 5170 km
Sur la route : 5 h 50 min.

C’était le cirque ce matin. Le camion était de retour et tout le monde s’affairait à transférer leurs effets personnels et à se préparer à partir. J’ai servi le déjeuner à 7 hrs, seulement Lorry a accepté.

Je n’ai pris la route qu’à 8 h, bonne dernière. Je ne me sens pas en forme même si j’ai relativement bien mangé hier et que tout semble être rentré dans l’ordre. La feuille de route annonce des "nasty hills". Je les attends avec impatience dans l’espoir qu’elles réveillent mes jambes qui manquent d’énergie. Elles ne se présenteront jamais.

Aucun restaurant ou petit café ne m’a inspiré durant la journée. Je me suis finalement arrêtée dans un marché en bordure de la route et j’ai dégusté des haricots verts fraîchement cueillis, du fromage en grain et un panier de délicieuses fraises.

Cette journée, pourtant relativement courte et sans défi, m’est apparue longue et exigeante. La feuille de route comportait plusieurs erreurs et, trop souvent, les routes empruntées étaient en mauvais état.

Même si nous avons contourné la ville de Toronto, nous sommes passé assez près pour que je puisse en vivre les désagréments : circulation dense, odeurs nauséabondes, beaucoup de détritus sur les bords de la route.

Il y a quand même eu de beaux moments sur des routes tranquilles. J’ai même vu un arbre à chaussure en bordure d’une route de campagne; photo à l’appuie.

Pour souper, au campement, du chili, ce n’est définitivement pas un bon choix pour mes intestins encore sensibles mais je n’ai pu m’empêcher d’en prendre deux portions. Pour dessert, Lorry nous a ramené de délicieux gâteaux et tartes achetés lors de son passage à Toronto pendant la journée de congé. J’en ai pris trois portions. La route devrait être plus facile demain!

Tel que promis, j’ai installé la "guidoline" sur le sur le vélo de Darron et je me suis enlignée pour ma tente aussitôt la tâche complétée. Il était seulement 8hrs 30 et j’étais tellement fatiguée que je n’ai pas eu la force de terminer mon journal.

Darlington / Carrying Place Jeudi le 10 août 2006
Température: 23 C
Trajet : 116 km Nous longeons le Lac Ontario. La feuille de route comporte 25 virages, majoritairement sur des routes de campagne.
Distance parcouru :120 km
Millage total : 5290 km
Sur la route : 5 h 15 min.

J’ai pris la route après un bon déjeuner. Les premières montées ont réveillé mes mollets. La journée est courte et le paysage enchanteur, je ralentis ma vitesse afin de pleinement apprécier ce qui m’entoure. À droite, le Lac Ontario, en bordure, des cultures : du mais, des plans de pommes de terres, beaucoup de pommiers, les branches alourdies de fruits. À droite de magnifiques maisons centenaires et de riches propriétés plus récentes.

Je traverse plusieurs petits villages. Mon premier arrêt s’effectue au pittoresque village de Port Hope. (km 53) Mon attention est attirée par une boutique dont la propriétaire ouvre les portes. Accessoires de cuisine et pique-nique à déguster sur place ou apporter. Quelle excellente idée. J’y prendrai ma collation avec Doug. Lorry, Darron et Iona... - Velo

Sur mon départ, je rencontre Rudy, Lloyd et Émilie qui arrivent en ville avec un problème majeur. Le poteau de selle de LLoyd s’est brisé 10 km plus bas. Le hasard fait bien les choses. Des amis de Rudy, qui le savaient dans le coin, l’ont localisé et s’occupent du problème. LLoyd lui en sera reconnaissant à vie. Il aurait fait la route debout sur les pédales plutôt que de monter dans le camion!

Sur l’entre fait, Lorry, Darron et Iona arrivent. Devant mon enthousiasme, elles n’hésitent pas à entrer et déguster à leur tour une collation. Je leur apprends que j’entends dîner à un resto recommandé par la proprio. Elles décident de se joindre à moi. Nous passerons le reste de la journée ensemble.

Le Grafton Village Inn, (km 76) le seul restaurant de la place, se trouve dans une magnifique maison de plus de 170 ans. Le repas était à la hauteur de mes attentes. En finale, nous avons toutes pris un dessert différent et avons joué au dessert musical. Les assiettes ont fait le tour de la table et chacune de nous a pu profiter de ces délices.

Vous remarquerez que je ne vous ai pas décrit mes repas. Et bien, aujourd’hui, vous aurez droit au menu complet de ce qu’une cycliste de 5 pi 4, 115 livres peu déguster dans une journée. Moi-même, j’ai peine à y croire, alors voilà!

Déjeuner : 3 œufs brouillés, 3 tranches de pain complet dont une avec beaucoup de confiture aux fraises. Collation (1) : Barre tendre sur la route. Collation (2) : Double expresso bien tassé et carré au citron. (Je prends 2 sablés glacés au citron pour apporter, c’est la spécialité de la maison) Diner : Sandwich BLT au fromage brie, gelée de piments, salade au fromage bleu et pacanes, vinaigrette maison. Immense Brownie, sauce chaude au chocolat et crème fouettée. Souper : Fromage et biscottes comme entrée, ragoût de bœuf (2 portions), salade, épis de mais, baguette et beurre, salade de fruits et biscuits. Voilà, il est près de 11 hrs, il faut dormir!

Carrying Place / Perth Road Village Vendredi le 11 août 2006
Température: 21 C
Trajet : 129 km Le long de la CR 3, la 2, la CR 1, Colebrook et la CR 10.
Distance parcouru :160 km
Millage total : 5452 km
Sur la route : 5 h 50 min.

Le temps est glacial ce matin. Un bon vent du nord, que nous aurons de face, n’aide pas les choses. Le ciel, sans nuage, n’est perturbé que par le vol de petits groupes d’outardes.

À la dernière minute, j’apprends qu’une partie du groupe a choisi un parcours allongé et scénique sur la 33, qui longe le Canal "Bay of Quinte" jusqu’à Kingston et la 10 pour atteindre le village de Pearth Road. Je prends la route avec Rudy, Graham et Darron. Succulentes pommes! - Velo

Au début du trajet, le vent nous frappe de face et de côté. Je me tape encore un argument majeur avec Rudy. Je refuse de rouler sur la route, à 5 pieds de l’accotement, pour protéger les autres du vent. Je quitte le groupe et m’arrête pour m’acheter une carte et réaliser qu’il est trop tard pour prendre un chemin alternatif.

Je les rejoins à un magasin de vélo sur le bord de la route et les suis en retrait jusqu’à l’arrêt collation où une conversation corsée tassera les choses…

Juste avant d’arriver à Picton, je choisis de faire une montée pour atteindre un belvédère. Darron ne suit pas. Peu après le traversier de Picton, c’est Graham qui nous quitte. Je reprends donc la route avec Rudy et nous travaillons "d’arrache pieds" pour faire face au vent. Mélissa et Bob se joindront à nous une quinzaine de kilomètres avant Kingston. Ouf, un de plus pour les rotations. Mélissa demeure à l’arrière. Picton - Velo

En arrivant à Kingston, je suis la troisième en ligne, dans la roue de Bob. Personne n’a averti pour une pièce de métal sur la route. Je l’ai frappé de plein fouet et, j’ai eu une bonne pensée pour mon pneu arrière qui prend toujours une vingtaine de livres le matin et que j’ai oublié de souffler avant mon départ.

Rudy connait bien la ville et nous amène Chez Piggy. C’est un excellent choix. Le sandwich au rôti de boeuf est un délice, servi comme il se doit, saignant à souhait avec du raifort fraîchement râpé. Malgré le fait que nous avons encore 40 km à faire contre le vent, je n’ai pu résister à une Creemore en fût.

À la sortie du restaurant, je prends mon vélo pour réaliser que j’ai perdu ma virginité!!! Et bien oui, je ne suis plus vierge de crevaisons. Mon pneu arrière est plat, fort probablement un pincement provoqué par la pièce de métal que j’ai heurté. J’ai l’avantage de pouvoir réparer le tout et retourner au resto pour me laver les mains.

Le départ se fait en montées, je prends la seconde et m’entête à conserver ma vitesse, ce qui fait monter outrageusement mon battement cardiaque. Disons que c’est la bière. Melissa et Bob décollent mais Rudy est demeuré collé à ma roue.

Ce fut une fin de trajet demandante. Mélissa a fait sa part du travail dans les derniers 10 km. Dois-je vous écrire que j’ai encore mangé à outrance pour souper?

Perth Road Village / Ottawa, Samedi le 12 août 2006
Température: 25 C
Trajet : 139 Km Sur la CR 10, Tennyson Road, la CR 12, la CR 49 avec une traversée d’Ottawa de mon cru. Je connais la région.
Distance parcouru :143 km
Millage total : 5595 km
Sur la route : 5 h 35 min.

Tout le monde est un peu fébrile ce matin. La traversée d’Ottawa s’annonce difficile. La feuille de route a été amendée, nous devons nous rendre à l’Université du Québec à Gatineau au lieu de l’Université Carleton à Ottawa. Par surcroît, le vent ne sera pas encore avec nous aujourd’hui.

Je roule avec Rudy. On nous annonce une route scénique mais, à mon souvenir, je doute que le parcours soit particulièrement panoramique. Effectivement, les routes de campagnes comportent de longs droits. Avec un vent de face et de côté, le temps n’est pas à l’observation du paysage!

Nous travaillons en relais. L’effort est soutenu mais, nous réalisons tous les deux que la journée d’hier a pris une bonne partie de notre énergie. En roulant, même si je préfère ne pas appréhender le futur, je ne peux me retenir de penser que demain m’attend, en solitaire, avec plus de 200 km à faire. Si le vent ne change pas, ça va être infernal.

Rudy connait mes projets. Si les rôles étaient inversés, je lui offrirais de passer plus de temps en arrière afin de conserver ses énergies. L’offre ne viendra jamais et je préfère ne pas demander. Les échanges à l’avant se font régulièrement et le travail est souvent intense. Notre parlement... - Velo

L’entrée à Ottawa est éprouvante. Un long droit avec un fort vent de face dans une zone de circulation très dense. Par la suite nous longeons l’autoroute et dépassons trois compagnons de route. Rudy demande un rythme plus léger. J’accepte jusqu’à ce qu’une double montée se présente. Il l’entame avec vigueur, debout sur les pédales, et je m’y mets en douceur, assise, bien déterminée à conserver mon rythme. Je le dépasse au milieu de la première montée et le laisse dans la poussière dans la seconde. Hum! Il y a des témoins… je suppute que l’Homme ne sera pas content. Comme de fait, quand je lui cède les devants, au début de la descente, il refuse et me lance : "Tu m’as laissé derrière dans la montée, je ne couperai pas le vent pour toi dans la descente." Hum!

En temps normal, nous devons longer la rivière des Outaouais par la piste cyclable. En ce samedi, elle est bondée et Rudy s’impatiente. Je choisis de le faire passer par "Ottawa River Parkway", un 4 voies sans accotement, bordé de verdure, avec une limite de vitesse de 60 km/hr. Pas de tout repos mais rapide, on roule à 35 - 40 km/hr. Nous nous rendrons ainsi au Pont Portage, pour visiter une boutique de vélo au Québec, retournons en Ontario par le Pont Allexandria, pour un peu plus de magasinage et un repas bien mérité. Finalement, nous arrivons à l’Université vers 5 hrs. Ce soir, c’est de la pizza. Après une pareille journée et le trajet que j’ai de prévu pour demain, c’est loin d’être idéal!

Ottawa / Montréal Dimanche le 13 août 2006
Température: 26 C
Trajet : Estimé entre 200 et 250 km. Sur la 17 ou des routes attenantes, les CR 344 et 342 au Québec. L’approche de Montréal et la ville se fait par le Lakeshore Blvd et le Canal Lachine.
Distance parcouru : 226 km
Millage total : 5821 km
Sur la route : 9 h 05 min.

Je quitte l’Université avec le soleil levant. Le temps est plus doux que les derniers jours et… le vent est à peu près inexistant. Quel accueil ! - Velo

Je n’ai pas le choix, Mc Donald est le seul endroit ouvert et facilement accessible pour déjeuner. Ils n’ont pas gagné en service et en saveur. Le café est infect, mais ça fera. Ce n’est pas une journée pour les recherches gastronomiques!

Je connais le terrain pour la sortie d’Ottawa. La Promenade Rockcliffe m’amène à Orléans et, avouons le, le terrain valonneux qui se présente à moi ne m’attire pas autant que d’habitude. J’ai mes 4 dernières journées dans le corps. Par contre, je me considère chanceuse, le vent n’est pas contre moi… mais pas avec non plus!

Je suis, en gros, la feuille de route qui devrait m’amener à Hudson. Par contre, étant donné qu’en ce dimanche matin, la circulation n’est pas très dense sur l’autoroute 17, j’en profite, d’autant plus que de grandes sections ont été refaites et que, sur ces parties, l’accotement est spacieux.

Lentement, les kilomètres s’égrènent. Je traverse la frontière par le pont qui joint les Villes de Hawkesbury et Grenville. Personne pour prendre de photo! Ce ne sera que mon vélo et la pancarte! À Hudson, j’ai plus de 150 km de fait.

À l’approche de Montréal, la route et de plus en plus cahoteuse. Je peux difficilement demeurer sur la selle et j’ai tendance à anticiper les bosses et les trous; je suis loin d’être efficace.

La piste cyclable qui m’amène à Montréal est bondée. À deux reprises, je frôle l’impact avec un autre cycliste et, juste avant le vieux Port de Montréal, dans un virage serré que je connais pourtant très bien, je glisse sur un petit dépôt de sable et passe à une cheveux de la chute!!! Il est temps que j’arrive à la maison.

Vers 17 hrs 30, j’ouvre finalement la porte de mon Loft. Je me sens perdue. Il est immense à comparer avec la tente qui m’a abrité durant les 7 dernières semaines.

Montréal 15,16 août 2006

Première journée : Dès le réveil, malgré mon souper copieux et bien arrosé qui m’a laissé un petit mal de tête résiduel en souvenir, J’AI FAIM!!! Je déjeuner avec mon amie Adèle. Au menu, crêpe aux framboises, fromage à la crème, crème anglaise accompagnée d’un café au lait. Un pur délice! Des carottes... Marché Jean-Talon à Montréal. - Velo

Je demeure tout près du plus grand et plus vieux marché extérieur de Montréal : Le Marché Jean Talon et je ne peux me retenir d’y passer. En cette fin d’été, il est presque à son meilleur. Faute de ne pouvoir garnir mes sacs en raison de mon trop court passage à Montréal, je peux remplir mes sens de toute la diversité des produits offerts. Que ce Marché me manque!!! J’en profite tout de même pour acheter quelques saucissons secs que j’apporterai pour servir à mes compagnons de route et égayer mes futures randonnés. Des poivrons... Marché Jean-Talon à Montréal. - Velo

La fin d’après-midi est dédiée au vélo chez Gary. Je me considère privilégiée de l’avoir comme soutient technique et, surtout, comme ami. Aujourd’hui, il me semble que je suis en mode hyperactif. Je peux difficilement me concentrer sur les tâches délicates. Disons qu’il a fait les 3/4 du travail. Tous les câbles et les gaines ont été changés, ainsi que la cassette arrière et la chaîne. La direction, le pédalier et le dérailleur arrière ont été démontés nettoyés, graissés et remontés. Tout a été ajusté. Cette mise au point aura durée moins de 2 heures. Seule, ça m’aurait pris plus du double du temps.

Soirée tranquille avec ma fille. Au menu… de la viande et un dessert cochon. Les petits fruits... Marché Jean-Talon à Montréal. - Velo

Seconde journée : J’entre finalement en mode vacance, je suis beaucoup plus calme. J’ai le total plaisir de me faire servir mon déjeuner préféré, une gigantesque salade de fruits frais fraîchement préparée. J’ai dû abandonner cette habitude pour mon voyage mais je compte bien y revenir dès mon retour. Et puis, ce sont les courses et la mise à jour du journal. J’ai pris du retard, les dernières journées sur la route ont été longues et ardues.

Délicieux souper chez des amis en soirée et, c’est déjà terminé... Demain, je reprends la route mais, le retour n’est pas si loin, trop près même. Dans moins de 20 jours, ce sera fini!!!

Montréal / Pointe du Lac Mercredi le 16 août 2006
Température: 26 C
Trajet : Estimé entre 125 et 140 km. À partir de chez moi, la rue De Bellechasse, un virage à droite sur d’Iberville, un virage à gauche sur Notre Dame qui devient la 138.
Distance parcouru : 132 km
Millage total : 5961 km
Sur la route : 5 h 10 min.

Je ne peux pas écrire que j’ai de la patte ce matin. Mon séjour à Montréal n’a pas vraiment été un repos et la route que j’emprunte n’a rien pour me donner de la vigueur. Nous longeons l’eau, le plus important dénivelé sera le passage au dessus d’une autoroute. Je me dois cependant de mentionner que l’état du pavé, que j’anticipais affreux, est généralement excellent. Notre Dame a été presque complètement repavé et la 138 est en bon état. L’accotement y est plus large que prévu.

À Montréal, Notre Dame est un boulevard à 6 voix très achalandé. Je suis bien heureuse de le laisser derrière. Mais, la route qui se présente à moi, trop souvent rectiligne, ne m’inspire pas. Après une cinquantaine de kilomètres, je me résous à mettre mon Ipod. Il a l’effet escompté; cadence et battements cardiaques sont finalement dans une zone de travail. Pause vélo ! - Velo

J’ai croisé trois de mes compagnons à leur entrée sur la 138, après le traversier qu’ils avaient à emprunter. Nous avons sensiblement le même millage. Jamie me raconte qu’il a chuté un peu plus tôt et s’est retrouvé sur la route. C’est un moment d’inattention qui aurait pu lui coûter la vie.

Je suis arrivé au campement tôt, trop tôt même. La vie de groupe m’a frappé de plein fouet, et je ne peux pas dire que ça m’a manqué.

On a encore changé de chauffeur. Meggan est arrivée plus tôt que prévu parce que Craig s’est blessé à la cheville. Un "lève tôt et arrive tôt" se plaint qu’elle ne fait pas son travail du fait qu’elle attend l’arrivée de quelques cyclistes avant de décharger avec eux le camion. Je me retiens de lui faire le commentaire que l’assister pour décharger le camion ne fera que retarder la prise de sa première bière de 5 minutes!!!

L’horaire des équipes de repas a été remanié et c’est la mienne qui cuisine ce soir. De la lasagne pré faite a été achetée. C’était loin d’être bon et très salé. Demain, nous serons à l’Université de Laval à Québec et, au menu… de la Pizza. Encore de la Pizza. Non merci, je suis saturée de pizza commerciale. J’en ai plus mangé depuis le début de cette traversée que durant les dernières 10 années!!!

Pointe du Lac / Québec Jeudi le 17 août 2006
Claude, un compagnon de route... - Velo Température: 30 C
Trajet : 152 km En gros, sur la 138 et une série de virages pour atteindre l’Université Laval à Québec.
Distance parcouru : 145 km
Millage total : 6106 km
Sur la route : 5 h 25 min.

Ce matin, j’ai dérogé à mes principes et servi le déjeuner 30 minutes plus tôt afin que le plus grand nombre de cyclistes puissent partir le ventre plein et possiblement profiter de la ville de Québec à leur arrivée. Sans entrer dans les détails, je constate que ce fut une erreur. Je n’ai que nourri la folie de départs hâtif qui nous suivra, de toute évidence en s’amplifiant, pour le reste de cette traversée. J’ai ma leçon.

J’ai donc pris la route plus tôt que d’habitude, malgré le fait que je cuisinais, laissant derrière moi toute la logistique de cette traversée qui m’horripile maintenant au plus haut point. Quelques coups de pédale ont réussi à me faire déconnecter. Le temps est parfait; frais, ensoleillé et le vent, à peu près inexistant au début, deviendra arrière à mesure que la journée avance. Le Fleuve St-Laurent... - Velo

À ma sortie de Trois Rivières, je dépasse un cycliste qui se dirige lui aussi vers Québec. Sa fille s’y rend en voiture pour magasiner et il en profite pour le rouler et revenir avec elle en soirée. Nous avons fait une bonne cinquantaine de kilomètres côte à côte, jasant de choses et d’autres à une vitesse de croisière très efficace. Petit arrêt au B&B de membres de sa famille éloignée pour un café. J’ai visité leur jardin, un oasis.

Nous nous sommes quittés à Deschambeau. Darron, que j’avais dépassée sur la route, devait m’y rejoindre pour dîner. J’ai finalement choisi un café à l’entrée du village. Huit autres membres du groupe se sont arrêtés à la vue de nos vélos. Ils ont pu apprécier mon choix judicieux. Tout était excellent et j’ai insisté pour qu’ils gouttent à une vieille spécialité québécoise; des Pets de sœurs. Ils ont bien aimé. Le Fleuve St-Laurent... - Velo

Je retourne sur la route seule, un peu lente au début. Tel qu’indiqué sur la feuille de route, les montées se font de plus en plus régulières. Le summum est celle du Cap Rouge. Pour ajouter à la difficulté, des travaux majeurs sont effectués sur la chaussée. La circulation est limitée à une voix et l’arrêt pour le passage est au premier quart de la montée. Je suis partie troisième dans la file de voitures. Plusieurs me dépassent malgré l’étroitesse de la voie. La pente, plus accentuée que prévue me prend au dépourvue, il était trop tard pour aller au petit plateau avant. Merde! Une partie de la finale est en gros gravier et il faut utiliser la fine voie dégagée du gravier par les roues des voitures, quitte à bloquer la circulation derrière. Vraiment vraiment pas évident. Une des plus difficile montées de ma courte vie de cycliste.

Le reste du parcours a été très plaisant, avec une longue descente en courbe comme je les aime. Trouver l’entrée du Campus fut simple, et je vous épargne des problèmes de logistiques supplémentaires inhérent aux endroits ou nous ne campons pas. Ce fut le bordel.

Québec, Vendredi le 18 août 2006
Un pilier d'échangeurs d'une autoroute à Québec... - Velo

Hier, je fus la seule qui refusa de manger de la Pizza. Je me suis jointe au groupe en début de soirée au Pub du campus pour dévorer un hamburger au bison et un gâteau au fromage avec garniture aux bleuets qui furent, ma foi, assez bon. J’ai cependant quitté après ma seule consommation alcoolique, le party commençait…

Ce matin, je suis en grande forme et entend bien en profiter. L’autobus m’amène aux portes du Vieux Québec et je prends plaisir à me perdre dans les petites ruelles, visiter le marché, traîner dans les boutiques, photographier les piliers d’autoroutes peints.

Pour dîner, j’opte pour Le Réfectoire. Menu très restreint mais délicieux. Je n’ai pas l’intention de demeurer en ville jusqu’au souper. J’achète donc, au fur et à mesure, des petites choses pour ma dégustation de fin d’après midi. Un sac d’olives vertes géantes marinées, une petite baguette fromage, olives et pesto, une demie baguette garnie de saumon fumée, un pavé aux framboises, des biscuits bretons (dont un en cadeau de la proprio) et une bouteille de bière La Chouffe. (excellente bière Belge) Avec quelques tranches de mes de saucissons ce sera un pur délice. Un autre pilier d'échangeur d'une autoroute à Québec... - Velo

Petit cadeau de voyage : un T-Shirt noir de la micro compagnie 90 degrés avec l’inscription : Têtu, rebelle et authentique.

Ce fut une magnifique journée. Encore une fois, température idéale, relaxation totale. Je me sens prête pour reprendre la route.

Québec / Rivière Ouelle Samedi le 19 août 2006
Température: 28 C
Trajet : 141 km Sur la 132.
Distance parcouru : 141 km
Millage total : 6247 km
Sur la route : 5 h 05 min.

Je commence la rédaction du journal d’aujourd’hui en plein après-midi, de l’abri de la délicieuse boulangerie Chez Dame Tartine, juste avant St-Jean-Port-Joli. (km104) Je roulais intensément, poussant mes limites en profitant d’un bon vent arrière, me questionnant à savoir si je pourrais arriver au campement avant l’orage quand j’ai approché une Boulangerie. J’entends crier mon nom. Bob, attablé à la terrasse avec Brett me fait des grands signes. Il a acheté un pain sorti du four à bois extérieur, de la gelée de piment rouge et un cheddar vieilli dans le porto dans une fromagerie un peu plus tôt. Il faut finir le tout, je me sacrifie donc; c’est un pur délice! Pour dessert, j’ai pris un sorbet fraise basilic qui m’a presque jetée par terre. Quel mélange, quelles saveurs concentrées. Absolument délectable!!!

Tout le monde était parti et je flottais encore dans les effluves de mon dessert quand la pluie a commencé. D’abord doucement puis, des clous. Et bien, il a fallu que je me sacrifie à nouveau. Je choisis un muffin amandes et chocolat tellement foncé qu’il a l’air brûlé et un café. C’est ce dont je me délecte en écrivant ces notes. La pluie tombe toujours. L'unique Château Frontenac à Québec... - Velo

J’ai repris la route sur un pavé humide, à la recherche d’un café Internet ou d’une Bibliothèque municipale en ville. La connection de l’ordinateur du seul café que je trouve ne fonctionne pas et je ne peux localiser la bibliothèque. En désespoir de cause, je m’arrête à un bureau Remax pour m’informer et on me laisse utiliser l’ordinateur du Boss. Pas de chance, je ne peux accéder à ma boite de message et j’ouvre la sienne, avec mon adresse de courriel. Je n’y comprends rien! Il arrive sur l’entre fait et j’enverrai les derniers jours via son courriel en espérant que Richard ne mettra pas le tout à la poubelle en voyant cette adresse commerciale. Voilà une bonne chose de faite.

Quand je ressors, la chaussée est sèche, le temps est lourd, tout comme moi d’ailleurs. Le reste du trajet se fera mollo, histoire de conserver dans mon estomac tout ce que j’ai ingéré.

Je termine dans la tente Ce matin, la sortie de Québec s’est faire sans difficulté. Une belle descente m’a amené jusqu’au fleuve. L’attente pour le traversier et le trajet par bateau on fait que je n’ai vraiment pris la route que peux après 9 h. Il y a beaucoup de cyclistes en ce début de fin de semaine, plus que je n’en ai jamais croisé.

Somme toute, une autre magnifique journée sur la route. J’ai à peine soupé et après, j’ai installé la guidoline sur les poignées du vélo d’Iona. Une autre cliente heureuse. Je crois que la nuit ne sera pas de tout repos. C’est la fête dans ce camping ce soir!

Rivière Ouelle / Trois Pistoles Dimanche le 20 août 2006
Température: 18 C
Trajet : 117 km Sur la 132 et la 291.
Distance parcouru : 118 km
Millage total : 6365 km
Coucher de soleil québécois... - Velo Sur la route : 6 h 05 min.

Au lever, le vent est froid et fort. Je crois bien que c’est le même vent qu’hier, il a tourné après l’orage et est venu de face. En m‘engageant sur la 132, je réalise que je ne me suis pas trompée pas mais que je l’ai sous évalué. Il souffle à 40 km / hr, avec des rafales à 60, et il me semble là pour rester.

Je fais tout de même un arrêt chez Andrew Caddell qui est passé au camping hier soir et qui nous a invité à prendre un café en entrant à Kamouraska. C’est une petite pause appréciée.

En traversant la ville, je ne peux passer à côté du petit comptoir de la Boucanerie qui recèle des merveilles. Je l’ai régulièrement fréquenté lors de mes voyages dans la région pour faire de l’escalade. Malgré le fait que je devrai transporter mes achats pendant cette journée qui s’annonce des plus ardue, je prend un contenant de moules fumées et de turbot mariné et un morceau d’esturgeon fumé. Je les porterai dans les poches de mon jersey pour les prochains 90 km.

Ce sera ma première journée complète avec un fort vent de face Sur la route, je peux à peine dépasser les 20 km. Je revois ces petites chenilles poilues qui traversent le pavée et pense aux Prairies. Je me disais qu’on se ressemblaient, à traverser ainsi un terrain hostile à pas de… chenille. On se ressemble toujours, la journée sera longue. Je la ferai un coup de pédale à la fois, souvent surbaissée sur les cocottes quand le pavé est doux.

Je ne croise pas d’endroits qui m’inspirent. Je préfère arriver au campement plus tôt et déguster mes achats que je complémente avec des fromages et du pain achetés peu avant mon arrivée et une bière Trois Pistole de Unibroue achetée… à Trois Pistole.

Fort heureusement, le pavé et l’accotement sont plus beaux que prévue. Au km 52, un passage sur le bord du fleuve est prévu à notre Dame du Portage pour éviter une grosse montée. Je choisis de la faire. Que de plaisirs, elle est protégée du vent et, dans la finale en faux plats montant, j’atteints ma plus grande vitesse de croisière de la journée. (descentes exclues bien entendu) Moi, chenille... - Velo

Partie presque dernière, je n’ai dépassée que deux personnes dans cette montée et j’arrive au campement seconde, juste après un lève tôt extrême. Avant même de monter ma tente je déguste mes achats. C’est sublime. Les produits de la boucanerie sont encore meilleurs qu’à mon souvenir.

Trois Pistoles / Amqui Lundi le 21 août 2006
Température: 20 C
Trajet : 164 km En gros, sur la 132 qui traverse St Simon, Rimouski, Ste Flavie, Mont Joli et Sayabac.
Distance parcouru : 158 km
Millage total : 6523 km
Sur la route : 6 h 30 min.

J’ai passé une excellente nuit. Au menu de la journée, un petit 160 km qui contient une montée de 11 km au kilomètre 108. Le départ est corsé. Hier, la descente de la 132 vers le campement était assez accentuée. Rien d’indiqué sur la feuille de route pour la traversée du Parc du Bic au km 38 mais ça promet.

Je pars seule et tard, comme à l’habitude maintenant. Sur la 132, le vent est léger mais arrive en diagonale avant. Si la tendance se maintiens, il devrait être de dos après le virage vers les terres à la hauteur de St- Flavie. (km 93)

Après St Fabien, les longs plats font place à un terrain très valonneux et absolument magnifique. Ce ne sera définitivement pas une journée pour approfondir mes connaissances sur la traversée des chenilles à poils! L’accotement est généralement très beau. Le temps, plutôt frais se réchauffe lentement mais la température demeurera sous les normales de saison. Sur la route... - Velo

En fait, cette dernière journée au Québec est une de mes meilleures et ce, malgré la fatigue accumulée d’hier. Le terrain me donne de l’énergie. Seule déception, la fameuse montée annoncée n’en est pas une. C’est un long faux plat montant en approche, une montée moyenne, un second faux plat et une montée franche d’environ 1 km, après, des peccadilles, même des descentes importantes.

Je termine le trajet en force. Je me taperais bien un autre 40 kilomètres… ou bien c’est plutôt que je ne veux pas arriver au campement?

Après avoir installé ma tente et pris ma douche, je m’assois avec le groupe. La conversation tourne encore sur les failles du Tour et de son organisateur. Pas un mot sur la magnifique journée que nous avons eu la chance de passer sur la route… Et bien, j’ai justement du lavage à faire, c’est le bon temps.

Tout le monde entre dans la tente très tôt, moi inclus. Il est maintenant plus de 10 hrs 30. La mise à jour est faite, je transfert ce dernier jour sur ma clé. Mes transmissions à partir du Québec n’ont pas été faciles, j’espère être plus chanceuse au Nouveau Brunswick demain.

Amqui / Campbelton Mardi le 22 août 2006
Bienvenue au Nouveau-Brunswick ! - Velo Température: 27 C
Trajet : 106 km Sur la 132 jusqu’à Matapédia. Au Nouveau Brunswick, la 11 nous amène à Tide Head.
Distance parcouru : 103 km
Millage total : 6627 km
Sur la route : 4 h

Il a fait très froid cette nuit. J’ai failli entrer dans mon sac de couchage. La levée du corps a été difficile mais je ne m’inquiète pas, c’est une petite journée.

Pour déjeuner, ce matin, du pain doré frit dans l’huile d’olive. Je ne croyais pas qu’on pouvait manquer à ce point une recette aussi simple. Le pire c’est que tout le monde semblait apprécier. J’ai terminé mon assiette et je suis partie rapidement. Le premier arrêt, et ça presse, se fera à Amqui; j’ai besoin d’un expresso pour faire descendre le tout.

De retour sur la route. Aujourd’hui, nous longeons la rivière Matapédia dans le sens du courrant. Le terrain sera donc en majorité descendant. Le temps, très frais, se réchauffe rapidement mais le ciel est dangereusement couvert. C’est d’autant plus dangereux que je n’ai pas apporté mon imperméable.

Nous traversons la réserve faunique des rivières Matapedia et Patapedia. C’est une destination mondialement reconnue pour la pêche au saumon. J’entrevois d’ailleurs régulièrement des pêcheurs qui lancent leur mouche sèche sur l’eau. Pêcheurs sur la côte... - Velo

Effectivement, dans la Réserve, pour plus d’une cinquantaine de kilomètres, ça descend, généralement des faux plats, mais aussi des descentes plus accentués. Je croise quelques cyclistes chargés, ils ont l’air de peiner. De mon côté, j’ai un vent de face mais, en raison des arbres et des dénivelés. , il n’est pas trop dérangeant.

Le trajet se fait sans presse, à apprécier le paysage et la route généralement très belle. Le seul problème est la circulation lourde, surtout quand l’accotement disparaît. Ce n’est vraiment pas évident quand ils s’enlignent deux ou trois de suite. Je regarde l’accotement de gravier de près, oh que ça ne serait pas beau à la vitesse à laquelle je roule!

J’entre au Nouveau Brunswick par une roue secondaire, la 11, aucun signe de bienvenu à la traversée du pont. Ill sera plus loin, et pas vraiment accessible. Donc, pas de photo avec mon vélo cette fois. Mais c’est quand même une autre de faite. Il me semble que mon passage au Québec a été bien court.

Finalement seulement quelques gouttes de pluie sont tombées durant la journée et, bonus de la journée, à mon entrée à Tide Head, juste avant Campbelton, je suis tombée sur une Bibliothèque municipale qui ouvrait ses portes. Une gentille utilisatrice m’a laissé son ordinateur pour que je transmette mon journal. Il semble que dans cette province, on peut sans problème avoir une station pour une heure et utiliser sa clé dans le port USB. Ils sont plus avenants qu’au Québec.

Campbelton Petit Rocher Mercredi le 23 août 2006
Température: 18 C
Trajet : 100 km Sur la 134 Campbelton, Dalhousie, New Mills, Nash Creek jusqu’à Petit Rocher.
Distance parcouru : 107 km
Millage total : 6734 km
Sur la route : 4 h

Ce matin, nous avons eu droit à des crêpes aux bleuets. Iona a même ouvert sa canne de sirop d’érable. Mmmm! J’ai donc pris la route avec l’estomac plein et le foi léger mais, comme rien n’est parfait, j’étais glacée. Il a fait 8 cette nuit. La côte est... - Velo

Encore une petite journée, en bonus, un vent de dos, en super bonus, une route tranquille avec vue sur la mer. On peut difficilement demander mieux. Ah oui, pour moi, un terrain vallonneux et quelques montées particulièrement abruptes. Le tout sous un ciel bleu clairsemé de bancs de nuages blancs. J’aurais passé une pareille commande, on m’aurait considéré comme très difficile!

Je n’ose l’écrire, de peur que notre chance tourne mais, dois je vous rappeler que nous avons eu, jusqu’ici, deux jours de pluie. Je me croise les doigts. Ma hantise est que le mauvais temps nous rattrape à la Cabot Trail. Je touche du bois!

Aujourd’hui, je me suis retenue pour ne pas rouler trop vite. Je me suis défoulée dans un détour par l’autoroute. De longs faux plats et un accotement impeccable, aussi large qu’une voie.

La petite ville de Dalhousie recelait la montée la plus corsée. Il fallait même se taper un détour pour aller la prendre avec un semblant d’élan. Définitivement un cas de petit plateau avant.

Je suis arrivée à Petit Rocher en tout début d’après-midi, en même temps que le camion. Il est trop tôt pour monter la tente. Je suis donc allée faire un tour dans le village et, sous les recommandations de la responsable du campement, je suis allée dîner dans un restaurant familial en retrait de la rue principale. C’était… acceptable. Je cherche encore un bon restaurant ou je pourrai déguster une assiette de fruits de mer. En attendant, demain, c’est moi qui cuisine et on sert du homard. C’est sur le menu. Des arrangements ont été fait avec un pêcheur local. Je crois qu’ils vont m’arriver vivants.

Nous entrons dans la tente tôt. Le temps est très très frais mais, il semble que les prévisions pour les prochains jours sont excellentes.

Petit Rocher St-Louis Jeudi le 24 août 2006
Du bon homards ! - Velo Température: 23 C
Trajet : 149 km sur la 134 qui traverse Petit Rocher, Bathurst, Alardville, la 8 jusqu’à Miramichi et la 11 jusqu’au campement tout près de St-Louis-de-Kent.
Distance parcouru : 154 km
Millage total : 6889 km
Sur la route : 5 h 45 min.

La nuit glaciale nous a apporté un ciel sans nuages. À la sortie de la tente, le soleil se levait sur la mer et le vent semblait favorable. Encore une fois, il a fallu s’emmitoufler pour prendre la route.

Le départ a été un peu tardif malgré le fait que c’est tout de même une journée de 150 km et que je dois préparer le souper. Je ne me suis pas encore adaptée à l’heure avancée. Je trouve que le soleil est bien bas quand je prends la route.

Je n’ai pas lu toutes les notes de la feuille de route avec attention. J’ai manqué deux points importants, le premier m’a fait rater un virage de toute évidence problématique parce qu’il méritait une annotation supplémentaire. J’ai fait trois ou quatre kilomètres avant de réaliser mon erreur. Lever du soleil sur la mer... - Velo

Pour ce qui est du second, c’était un avertissement que la 8 (km 55 à 95) est très valonneuse. Je m’y engage donc sans le savoir, un peu surprise par la première montée importante (normalement digne de mention) Quand la seconde se présente, elle m’apparaît longue et corsée, je prends même une photo avant de m’engager. Je m’y met, elle est moins accentuée que prévue, je décide de ma vitesse; 22 km /hr. C’est honnête mais, après le virage, elle continue, et continue, et je ne démords pas de mon 22. J’estime qu’elle avait 4 à 5 km. Je l’ai terminée la langue pendante et les jambes molles… mais sans descendre ma vitesse.

Les avertissements pour le Pont de Maramichi avaient captés toute mon attention. Un pont tout en hauteur avec un détour de 18 km pour ceux ou celles qui ont le vertige. Il est effectivement très haut et plutôt étroit. J’ai trouvé la finale dans la descente assez stressante. Les bourrasques de vents entre les montants de métal me déportaient sur la route.

Je suis arrivée au camp vers 15 hrs, un peu avant les homards…qui étaient cuits. J’ai servi le tout avec un ris aux amandes, légumes vapeurs et beurre à l’ail. Pour dessert, des pommes caramel. Tout le monde était heureux et repus et moi, bonne pour la tente, je suis flapie.

St-Louis - Vendredi le 25 août 2006

C’est ma dernière journée de congé avant le bloc final de 8 jours. Notre terrain de camping est en retrait. La plupart des cyclistes sont partis pour le petit village de St-Louis-de-Kent situé à quelques kilomètres. De mon côté, après avoir gracieusement fait le déjeuner pour tous ce matin, je suis en mode repos.

Je profite de cette occasion pour vous écrire quelques notes sur ce que j’ai utilisé pendant cette traversée. La mer tôt le matin... - Velo

Mon vélo:

Un Opus Andante, fabriqué au Québec. C’est un cyclo sport classé "racing". Définitivement pas le vélo idéal pour ce type de voyage, mais c’est mon premier vélo. Ce sont, entre autres, sa nervosité et sa maniabilité qui m’ont fait tomber en amour avec ce sport. Je lui devais bien ce voyage. À la maison, m’attend un Cannondale T-2000, un cyclo tourisme pur et dur, que je prendrai pour mon prochain long voyage autonome prévu pour janvier 2007.

Pour le camping:

Tente : Nutshell de Marmot. J’ai la tente la plus compacte du groupe, c’est une petite deux places. Facile à monter, elle me tient au sec et au chaud. Sac de couchage : North Face -7, + 20 en duvet. Mon premier duvet. Fini les synthétiques, le duvet est beaucoup plus confortable. Je commence tout juste à coucher dedans, avant, il était simplement sur moi, comme une couverture. Matelas de sol : Un Downmat 7 Exped avec enveloppe pour chaise qui demeure en place. J’ai bien hésité avant de l’acheter mais, après utilisation, je vous affirme que c’est beaucoup mieux qu’un Thermarest. Il doit être soufflé avec un sac (inclus) pour ne pas humidifier le duvet à l’intérieur. Le temps mis à cette opération est sans importance en comparaison avec le confort du matelas et de la chaise. De plus, il est très léger et compact.
Petite gâterie : Oreiller orthopédique Tempur.

Les vêtements:

Je porte beaucoup de Sugoi : c’est Canadien, bien conçu, confortable et durable. Pour les gants, c’est du Louis Garneau, un québecois. Les sous vêtements, je suis une inconditionnelle de Craft. Les chaussures, j’ai une paire de Cannondale qui fait plus espadrille et une paire de Time sportive. Les cales de mes pédales (Candy de Crank Brother) sont très petites. Je peux donc marcher aisément avec ces deux types de chaussures.

Cette dernière journée a été clôturée par un repas gastronomique. Quand Rudy et parti au village avec Doug, je leur ai fait part de mon intérêt à participer aux frais d’un souper commun s’ils décidaient d’acheter ce qu’il fallait. .Et bien, pour souper, nous étions 6. Rudy a cuisiné et nous avons eu droit à des huîtres et des moules à la bière en entrés. Met principal : aiglefin, morue, pétoncles et frites maisons accompagnés de vin blanc. C’était absolument, mais absolument délicieux. Mes favoris : les pétoncles, (sucrées tellement elles étaient fraîches) les huîtres, délicieuses et gigantesques (j’adore, en saison, j’en ai toujours une caisse dans mon frigo) et les frites (la perfection même, secret du chef, 8 min 30 sec de cuisson à 325, cuisson de service de 1 min 30 sec à 375. Il faut le faire, avec un poêle à gaz!!!) Je salive encore… 7000 km, I-N-C-R-O-Y-A-B-L-E !!!... - Velo

St-Louis Murray Beach - Samedi le 26 août 2006
Température: 19 C
Trajet : 145 km Sur les routes 134, 475, 535, 133, 15, et 955. Villes principales traversées : Richibucto, Shediac et Barachois.
Distance parcouru : 151 km
Millage total : 7040 km
Sur la route : 5 h 50 min.

Je ne m’y fais pas. Même à cuisiner le déjeuner près du poêle à gaz, je grelotte. Ces matins froids me glacent jusqu’aux os.

Même sans me presser pour partir, je trouve que c’est trop top. Comme jeudi dernier, trente minutes après avoir pris la route, j’enlevais mon manteau firewall, mes gants longs et mon cache cou. J’admet qu’entre grelotter au campement et grelotter sur la route je préfère la route. De toute façon, Il est trop tard pour tenter de modifier les habitudes du groupe.

Nous avons droit, encore une fois, à des conditions idéales, après le réchauffement bien sur; un ciel sans nuage, un vent favorable. La route est généralement belle, la circulation légère et, à gauche, pour la majorité du parcours, la mer, avec ses effluves qui me donnent envie de manger des huîtres…

Les notes de la feuille de route indiquent : "Very scenic day with gentle terrain." C’est effectivement ce à quoi nous avons droit. Il n’y a rien pour titiller le mollet grimpeur aujourd’hui! J’en profite pour rouler doucement. La mer est particulièrement belle le matin quand les soleil la fait scintiller.

Le premier arrêt est à Bouctouche. (km 53) C’est le marché public ce matin, de quoi se régaler. Des sablés avec des fraises au sirop et un immense Pet de Sœur à l’huile d’olive. Il me fallait essayer. J’ai été déçu, trop lourd. Pourquoi changer ce qui est délicieux ? Un Pet de Soeur ça se fait au beurre. Coucher du soleil à couper le souffle ! . - Velo

Je suis repartie le ventre plein, oubliant pour un temps ma recherche d’une poissonnerie. Quand la faim se fait sentir à nouveau, j’ai plus de 110 km de fait, je suis à Cap Pelé, qui n’est même pas sur ma carte et il n’y a rien d’intéressant en vue. Un centre d’information touristique me dirige vers un marché de poisson avec resto. Petit détour de 6 km. J’hésite, le temps se couvre dangereusement mais, finalement, mon estomac gagne. J’ai pris un sauté de légumes avec pétoncles servi sur ris. C’était excellent. En partant, je suis passée au marché de poissons et j’ai ramassé une douzaine d’huîtres pour une entrée avant souper.

Cette petite escapade m’aura coûté une légère douche. En effet, je me suis fait prendre par la pluie en fin de parcours. Rien de sérieux mais, arrivée au campement, après avoir monté la tente, ce fut le déluge. C’est bien "tombé", nous avons un endroit couvert pour cuisiner et manger ce soir.

Murray Beach Cornwall - Dimanche le 27 août 2006
Température: 18 C
Trajet : 86 km Le long de l’autoroute 1 et des routes 10 et 19. Villes traversées Borden, Crapaud et Victoria.
Distance parcouru : 94 km
Millage total : 7134 km
Sur la route : 3 h 54 min.

Au lever, le ciel est sans nuages et le temps un peu plus chaud que les derniers jours, Je pars quand même bien vêtue. Près de la mer la température est changeante et les masses nuageuses peuvent apparaître rapidement. De plus, il semble que nous avons un vent de face et, il vient du nord. L'Île du Prince Édouard... . - Velo

La première étape de cette journée est simple. Nous devons parcourir seize kilomètres pour nous rendre au Pont de la Confédération ou un camion et une remorque nous apporterons de l’autre côté, sur l’Île du Prince Edward. Tout se passe bien et, peu de temps après 9 hrs, j’entre dans cette huitième province avec le premier groupe.

Je reprends la route seule, nostalgique, en pensant que cette semaine sera la semaine des dernières. C’est donc mon dernier dimanche sur la route… Premier arrêt, Victoria by the Sea, ou une chocolaterie ouvre ses portes à mon arrivée. Je serai rejointe peu de temps après par Bob, sa femme Glenda, de passage avec nous, et un ami, Harris, qui demeure sur l’île. Ce soir, ils nous cuisinent un souper spécial : moules, maïs en épis, chaudrée de poisson et short cake servi avec des bleuets et de la vraie crème fouettée.

Je reprendrai la route avec eux, à un rythme un peu trop rapide à mon goût. Je ne passe qu’une journée et demie dans cette province, pas de presse pour moi. Le temps frais, le vent de face et la masse nuageuse changeante ne réduisent en rien mon enthousiasme. Le paysage est absolument magnifique!

Arrivée au campement, le camion n’est pas encore là, nous laissons nos bicyclette pour nous rendre à Charlottetown dans le véhicule de Glenda. Harris la dirige et nous amène en ville pour déguster la bière de la seule micro brasserie de la Province. Elle est effectivement délicieuse. Quel luxe d’avoir un transport et de pouvoir ainsi pleinement profiter de ma consommation sans remords.

De retour au campement, la routine reprend son court. Tente, douche, préparatifs pour demain. Le souper fut un total succès. J’ai tellement mangé, je me sens comme un ballon. On promet un raccourci pour grimpeurs seulement demain. De quoi égayer mes rêves. Je sens que je vais avoir du plaisir!

Cornwall / Lower Barney’s River - Lundi le 28 août 2006
Température: 21 C
Trajet : 117 km Le long des autoroutes 1, 2, 1A et 23 (optionnelle). En Nouvelle Écosse, la 106, Abercrombie et Merigomish Roads et la 245 en finale.
Distance parcouru : 120 km
Millage total : 7256 km
Sur la route : 5 h 05 min. Lever du soleil sur la mer... . - Velo

Ce matin, nous avons eu droit au suivi du souper d’hier. Des crêpes aux bleuets à la farine de blé entier moulue sur pierre et au babeurre arrosées de sirop d’érable, courtoisie de Bob et Glenda. Le seul problème est que, comme biens d’autres, j’étais encore gavée de mon souper d’hier. Nous avons encore due nous sacrifier. Elles étaient sublimes. Au moins dix fois meilleures que le mélange que nous utilisons au campement.

J’ai donc pris la route le ventre trop plein mais tout de même déterminée à prendre le raccourci pour grimpeurs. Au km 41, je m’engage sur la 23. Ce sont des belles montées en paliers. Rien de sérieux. Du fait quelles sont droites, elles s’imposent de loin mais, à mesure que je les approche, elles s’aplanissent. J’estime que ce n’est pas plus que du 8 ou 9 %. Par contre, malgré le fait que je me dirige vers la mer pour prendre le traversier, j’ai l’impression que je monte plus que je ne descend.

Partie une des dernières, j’arriverai seconde au traversier, peu après Rudy qui avait quitté une quinzaine de minutes avant moi. Peu de cyclistes ont pris le raccourci mais presque tous sont arrivés à temps pour le départ de 11 h.

La traversée a durée un peu plus d’une heure. En début d’après-midi, je roule dans mon avant dernière province, la Nouvelle Écosse. Incroyable mais vrai… Et la Cabot Trail m’attend! Les premiers kilomètres se sont fait en douceur. La route est généralement belle. Après New Glasgow, il y a plusieurs arrêts pour des constructions et la route est souvent très endommagée. Nouvelle-Écosse!  Avant-dernière province de la traversée... - Velo

Le dernier arrêt est particulièrement long et une flopée de moustiques m’assaille. Quand je peux enfin reprendre la route, je me retrouve au milieu de la ligne de voiture et je fonce pour environ 5 km sur une voie rétrécie avec le deuxième moitié aux tallons. Pas question de m’arrêter pour devenir encore une pâture pour les moustiques. Je ralentis à peine pour les parties de gravier, disons que mon vélo n’est pas heureux de se faire brasser de la sorte. À peine sortie, j’arrive au campement. Une route de gros gravier m’attend. Après m’être arrêtée à l’accueil, je reçois ma punition. Une crevaison à l’arrière. Je marcherai jusqu’au site. Le camion n’est même pas encore arrivé. J’ai tout mon temps pour changer mon tube.

L’équipe qui cuisine est très en retard, ce qui se amènera un souper tardif et encore un coucher avec le ventre plein!

Lower Barney’s River / Lake Ainslie - Mardi le 29 août 2006
Cape Breton - Nouvelle-Écosse - Velo Température: 22 C
Trajet : 167 km Le long des autoroutes 245, 104, 4, 105 et 395. Principales villes traversées : Antigonish, Tracadie, Canson et Whycogomagh.
Distance parcouru : 167 km
Millage total : 7424 km
Sur la route : 6 h 45 min.

Ce matin, j’ai eu droit à me seconde punition pour avoir "brutalisé" ma monture hier en fin de trajet. Une crevaison à l’avant. J’aurais dû m’en douter. Ça commence bien un 167 km. Mais disons qu’il y a pire. Pendant que je la réparais, Jamie revenait au campement avec son câble de dérailleur arrière sectionné au niveau de la manette. Deux autres cyclistes connaîtront le même sort aujourd’hui. Sans entretien régulier, il faut s’y attendre.

Je suis donc partie tard, mais un petit cadeau de bienvenue m’attendait sur la route. À quelques kilomètres du campement, un chevreuil est sorti des bois. Elle m’a regardé, sceptique, et s’est mise à trotter à mes côtés sur le bord de la route pour une cinquantaine de mètres avant de retourner dans les bois. Quel plaisir!

J’ai vite rejoint Lorry et Darron, elles s’arrêtent pour un second déjeuner à Antigonish. Je les accompagne. À notre arrivée, une demie douzaines de nos compagnons quittent le ventre plein. Pour nous trois, ce sera un minutage parfait. Aussitôt assises, le seul orage de la journée commence. Il s’arrêtera avant notre départ. Pour une fois, le service particulièrement lent nous a bien servi.

Une journée toute en montées et en descentes nous est promise; un réchauffement avant la Cabot Trail. À mesure que la journée avance, elles se présentent, de plus en plus longes et fréquentes. Le virage sur la 105 m’amène au Cap Breton, enfin… l’ultime destination de cette traversée. Je m’y sens tout de suite à l’aise. Il y a une énergie dans ces montagnes. Ça me rappelle les Adirondacks, que je connais depuis peu, et le Vermont.

L’anxiété qui m’habitait depuis quelques jours disparaît. J’ai confiance que tout ira bien, je me sens prête. Je prend les montées une à une et trouve mon rythme facilement. Cabot Trail - Nouvelle-Écosse - Velo

J’ai même eu droit à un petit plaisir en fin de parcours. Vers la fin d’une montée particulièrement longue mais pas trop corsée sur l’autoroute 105, j’ai réalisé que deux cyclistes se rapprochaient. Hum! Il y a peu de possibilités, Rudy ou Bob. C’est Rudy avec Graham. Ils travaillent en équipe, ce qui explique qu’ils se soient rendus si près. Je connais les intentions de Rudy, c’est son type de montée préféré. Il veut passer et il passera... mais, désolée, après le sommet! Je me concentre à conserver mon rythme, ils me collent à environ 100 mètres. Dans la finale, aussitôt que le dénivelé s’adoucis, je maintien la même force et change mes vitesses à la hausse. Quand on garde son rythme, c’est beaucoup plus facile de terminer en force. Un petit coup d’oeuil dans mon miroir, ils rapetissent. Je continu la manoeuvre… ils ne sont que poussière. Ils me rejoignent dans la descente et s’installent derrière. Je décélère et leur fait signe de passer. Je refuse de travailler en ligne. Au campement Rudy m’a dit qu’il était déçu que je ne les aie pas joints...

Lake Ainslie / Dingwall - Mercredi le 30 août 2006
Température: 22 C
Trajet : 142 km Le long de la 395 et de la 19 qui nous amène à la Cabot Trail. Nous traversons les villes de Margaree, Belle Cote, Cheticamp, Pleasant Bay ainsi que le Parc National de "Cap Breton Island".
Distance parcouru : 146 km
Millage total : 7570 km
Sur la route : 6 h 50 min.

Les notes de la carte du jour sont claires : "This is the climbing day." Enfin!!!

Au lever, le ciel est majoritairement couvert. Quelques petites portions bleues passent occasionnellement mais, globalement, ce n’est pas de bon augure.

Je prend la route assez tôt mais presque dernière. Je les dépasserai tous sauf Rudy avant mon premier arrêt. J’ai le mollet en forme, la route est belle, le vent léger à modéré mais de face. Il fait frais et j’entends profiter pleinement de cette journée.

Je fais le plein à Cheticamp. Tout le monde est arrêté au Tim Horton. J’évite, le plus possible, les grandes chaînes. Je trouverai, un peu plus loin, un restaurant familial qui, en bonus, me dirigera vers une station Internet. Depuis quelques jours mes recherches ont été infructueuses. Ce n’est pas le meilleur moment pour une transmission, mais je crois que c’est ma dernière chance avant Sidney. Enfin, d'la vraie côte !!! - Velo

Me revoilà sur la route techniquement encore dans les dernières. Il y a quatre montées d’approche pour French Mountain et elles sont solides. Finalement, la route se profile, en bordure de la montagne. Magnifique, toute en courbes. J’ai seulement hâte de m’y mettre, de la sentir enfin sous mon vélo. Je l’atteins vers midi. Une montée franche, soutenue, mais pas trop accentuée. Tout va bien. Bon rythme, bon battement cardiaque. Mes jambes ne me font pas souffrir, mon bas de dos oui, comme d’habitudes lors des longues montées. Environ 6 kilomètres plus loin, j’atteins le sommet. Le verdict : j’ose à peine l’écrire. Facile!!!

Faute de trouver un restaurant potable dans le village touristique de Pleasant Bay, j’attaquerai la seconde montée avec une barre repas dans l’estomac. Ça fait des semaines que le la traîne au cas ou. Aujourd’hui est le jour.

L’approche de North est plus facile, le départ légèrement plus abrupte. Vers le milieu de la montée, la pluie s’installe, les courbes s’accentuent, tout comme l’inclinaison qui demeurera aux alentours de 14% jusqu’à la fin. (3 km). Encore une fois, aucun doute quand à ma capacité de la finir mais, elle ne se laisse pas monter facilement. Je la classerais modérée à difficile mais, gardez en mémoire que j’ai derrière moi 69 jours sur la route.

La descente se fait sous la pluie. Je suis glacée même si j’ai mis tout ce que j’avais. À un arrêt routier, j’apprends de l’homme assigné à la circulation qu’il a plu comme cela toute la journée et que c’est très fréquent d’avoir des conditions si différentes entre les deux sommets. Dans l’attente du passage, je me mets à grelotter sérieusement. Je suis finalement autorisée à me faufiler avant les voitures, ce qui me permettra d’utiliser toute la route et moins solliciter mes freins. C'est haut et c'est tellement beau ! - Velo

Quand j’atteins finalement le bas, je suis un bloc de glace qui a encore une quarantaine de kilomètre à faire. Je repense à la note sur le campement : "Oysters on sale. " Les propriétaires du camping sont aussi des producteurs d’huîtres. La pensée de pouvoir en déguster à mon retour me réchauffe.

Malgré la pluie, ce fut une magnifique journée. Du campement, la vue sur la mer est à couper le souffle. Les huards chantent au loin… et les huîtres furent sublimes. J’en ai mangé deux douzaines.

Dingwall / Little Bras d’Or - Jeudi le 31 août 2006
Température: 19 C
Trajet : 156 km Sur la Cabot Trail, la 312 et la 105. Nous traversons les villes de Ingonish et Englishtown.
Distance parcouru : 142 km
Millage total : 7712 km
Sur la route : 6h

Ce matin, j’ose à peine ouvrir la tente. Pendant la nuit, le ciel nous est tombé sur la tête. J’espère seulement qu’il est maintenant dégagé et qu’il n’y a pas de brume. Ouf!!! Le temps est clair et le ciel, majoritairement bleu.

Je saute le déjeuner chaud, tout comme j’ai sauté le souper hier. Rudy est en charge. J’ai eu droit à une de ses crises avant-hier et je ne peux plus le sentir, même de loin. Il faut croire que ma toute première impression était la bonne, je m’en souviendrai.

Au départ, une route scénique qui contient plus de montée est recommandée. Aucune hésitation de ma part. Même dans la brume, je l’aurais prise mais, le temps est parfait et cette vingtaine de kilomètres à l’extérieur de la Cabot Trail sont magiques. Smokey Mountain en descente - Velo

Une seule montée corsée (17%) m’amène à un belvédère qui permet la plus belle vu du parcours. Un bien faible prix à payer pour un tel plaisir. Après un faux plat descendant qui dure des kilomètres, je rejoins la Cabot Trail.

Au menu aujourd’hui; Smokey. Une montée longue mais supposément douce après Ingonish (km 44) Effectivement, pour la majorité de la montée, je roule au dessus de 20 km/hr. La descente est merveilleuse avec une finale en zigzag. Plusieurs arrêts photo. Je n’en reviens tout simplement pas de la beauté du paysage.

La seconde montée, Kelly’s (km 125) n’en est pas vraiment une; disons un très long faux plat montant. Une finale tout en douceur.

Durant la journée, le ciel est changeant, tout comme le vent. J’ai reçu un peu de pluie…à peine et, en finale, il y avait le vent arrière qui nous a manqué grandement en cette dernière semaine. Un petit cadeau pour m’aider à surmonter ma peine de quitter la Cabot Trail.

Et me voilà au campement à monter ma tente pour la dernière fois…

Little Bras d’Or / North Sidney Ferry Terminal - Vendredi le 1er septembre 2006
Température: 14 C
Trajet : 6 km Du campement au traversier.
Distance parcouru : 9 km
Millage total : 7723 km
Sur la route : 35 min. L'Irlande canadien... - Velo

Minuscule journée… À 7 hrs, je suis hors de la tente. Le temps est clair mais la giboulée ne se fera pas attendre. Nous recevons trois courtes averses durant l’avant-midi.

Au déjeuner crêpes et saucisses. De la VIANDE pour déjeuner et on ne roule pas ; c’est le monde à l’envers. Mieux vaut tard que jamais!!! Après, c’est la pagaille. Tout le monde s’empresse de déposer ses choses aux deux endroits assignés : sac pour le traversier, paniers et sac non accessibles sur le traversier. À 9hrs 30, ils sont tous partis pour la ville de North Sidney et nous ne devons nous rendre au traversier que pour 13hrs 30. Quatre heures pour visiter une si petite ville, c’est beaucoup. Pourquoi tant de presse?

Pendant la cohue, je lave ma bicyclette et huile ma chaîne. Après, je finis de classer mes choses et démonte ma tente. Je quitte le campement toute dernière vers 11h.

Le dîner en ville est excellent. Je jase avec des membres de l’autre équipe; ceux qui ont manqué la Cabot Trail. Ça ne semble pas trop les affecter. Ils ont hâte de terminer leur voyage.

Au terminal du traversier, les deux groupes sont réunis. Ce sera donc une double pagaille pour mettre les vélos sur le véhicule de transport. Je m’explique mal comment un exercice si simple et fait à maintes reprises par l’organisateur demeure si désorganisé. Finalement, je remet mon vélo et retourne m’asseoir à l’intérieur avec, sur mon Ipod, de la musique classique. Je me sens à part et bien nostalgique.

La soirée est tranquille. J’ai visité le bar et pris une consommation avec le groupe avant souper et je n’y suis pas retournée. Je n’ai pas l’esprit à la fête… mais pas du tout.

Argentia / St-John (Terre-Neuve) - Samedi le 2 septembre 2006
Température: 12 C
Trajet : 144 km En bordure des routes 100, 1, 90, 60 et 2.
Distance parcouru : 143 km
Millage total : 7865 km
Sur la route : 6 h 20 min.

La nuit fut courte et mauvaise. Je préfère de beaucoup ma tente à une chaise inclinable. Le peu de sommeil que j’ai pu avoir a été interrompu par les allez venus des fêtards. Ils avaient d’ailleurs la mine basse à 6 hrs ce matin. Pour certains, cette dernière journée va être très longue...

Nous déjeunons sur le traversier et, contre toutes attente, la reprise des vélos se passe bien. Je prends la route vers 8 hrs. Le temps est couvert, venteux et froid mais le paysage est très beau; des boisées, peu de civilisation. Malheureusement, les routes empruntées sont passantes et j’ai manqué un virage pour accéder à une route secondaire. Signall Hill - Nord de St-John's, Terre-Neuve... - Velo

Je roulais sur l’autoroute quand une montée importante s’est profilée juste après une sortie. J’ai jeté un coup d’oeuil sur mon compteur, 81 km, le virage est supposément à 85. Hypnotisée par cette montée inattendue, je ne porte pas vraiment attention à la sortie et m’engage pour réaliser, 5 km plus loin, grimpant toujours, que j’avais manqué ma sortie. Bon, la feuille de route mentionne que continuer sur l’autoroute n’est pas un raccourcis et qu’il y a plus de montées. Pas question de descendre avec ce froid, je continue donc en espérant que je pourrai retrouver mon chemin en arrivant à St-John’s.

Malgré le fait que je n’ai très certainement pas pris la route la plus scénique, je me console en me disant que cette autoroute a au moins l’avantage de me garder au chaud avec ses dénivelés. Pas de chance, une petite bruine glaciale s’installe en fin de parcours.

L’accès à la route 2 est très facile à partir de l’autoroute et je peux reprendre ma feuille de route à ce point. Je rejoindrai quelques personnes au… Tim Horton, point de ralliement avant Signal Hill. Seulement Bob et Melissa sont arrivés. Je ne les accompagne pas dans la finale. Je partirai seule pour mes derniers kilomètres.

Comment vous expliquer mes impression à la vue de la mer… l’autre côté… celui pour lequel j’ai tant roulé. Satisfaction, nostalgie, un profond sentiment d’accomplissement et à la fois, un noeud dans la gorge… la fin, déjà!

La montée vers Signal Hill est abrupte. Battement cardiaque hors norme. Un petit groupe m’encourage d’en haut. Finalement, j’arrive… plus de route… la mer à perte de vue…


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